Elpidio Valdés : les 50 ans d’un héros

Le 14 août 1970 paraissait à Cuba le premier épisode des aventures d’un paysan mambí nommé Elpidio Valdés. Cinquante ans plus tard, qu’en est-il de ce héros qui a traversé l’Histoire contemporaine sain et sauf, sans perdre sa popularité ?

Son créateur Juan Padrón (23 ans à l’époque) ne se doutait pas que dès 1974, Elpidio sauterait des pages de l’hebdomadaire Pionero aux écrans de la télévision nationale. Petit, moustachu, doté de super pouvoirs et d’une voix de fausset, il tranchait avec les images vénérées des héros de l’indépendance cubaine. Et pourtant…

Quinquenio grís et crayon noir

Juan Padrón avec l’une des premières esquisses d’Elpidio Valdés, La Havane, années 70.

Elpidio Valdés a vu le jour au début d’une période qu’on nommerait par la suite quinquenio grís : un zeste de bonne humeur dans la grisaille culturelle de l’époque. Cinquante ans plus tard, après des centaines d’épisodes et de nombreux films, sa prochaine bataille sera de survivre à son fondateur, le regretté Juan Padrón décédé récemment.

Pour se pencher sur la naissance et la vie du héros au grand chapeau, le site El Estornudo a eu la bonne idée d’interroger Ian Padrón, fils de Juan et réalisateur. Certaines infos de et article proviennent d’un long entretien paru en août dernier.

Ian est un témoin privilégié puisque son papá travaillait à la maison, le soir venu. Papier, crayon, solitude et une sérieuse documentation historique : les conditions de création des dessins animés de l’époque !

En 1983, pendant la projection du film Elpidio Valdés contra dólar y cañón, Ian prend la mesure de la popularité de son frère-héros, auprès des enfants bien sûr mais aussi de toutes les générations.

C’est qu’Elpidio, patriote indéfectible, a ses vertus et ses faiblesses auxquelles on peut s’identifier, mais surtout il se tire des situations les plus scabreuses avec une ingéniosité confondante. Un modèle prédictif pour les générations futures qui devront « inventer » le savon, la viande et tous les produits de base qui manquent à l’appel ? Déjà, la lucha, à tous les sens du terme !


Comme beaucoup de cubain-es, l’auteur d’Elpidio Valdés conjuguait une excellente formation technique avec l’ingéniosité qui lui permettait de surmonter l’absence de matières premières : L’acétate des premiers dessins animés ? il venait des emballage de médicaments. Les couleurs ? des flacons Étatsuniens périmés. La caméra ? tombée d’un camion dans les années 30…
Juan Padrón, cité sur le site ArteCómic


Elpidio et son cousin gaulois

Hommage à Padrón et Uderzo réalisé par Ramón Ochoa et Fernando Ortega, dessinateurs dans ArteCómic (image recadrée).

Un petit moustachu, irréductible aux méchants colonisateurs, qui vit éternellement dans une époque révolue… ça ne vous rappelle rien ? Hé oui, Elpidio a de nombreux points communs avec notre Asterix national. Mais attention : son meilleur ami ne livre pas de menhirs car c’est un brave cheval du nom de Palmiche. Et Elpidio aime d’amour María Sílvia, alors que le gaulois reste désespérément chaste.

Une des clés du succès de nos héros, de part et d’autre de l’Atlantique, c’est que leurs aventures se déroulent dans un passé lointain, mais sont truffées de clins d’œils à notre société contemporaine, ses travers, ses dérives. C’est bien pratique, surtout dans un pays comme Cuba où la critique est un art de l’esquive…

Pour finir, les vilains hasards de la vie ont voulu que leurs créateurs, Uderzo et Padrón, quittent ce monde le même jour : le 24 mars 2020.

Et maintenant, Elpidio ?

Padrón Père et fils avaient le projet, souvent repoussé, de tourner un long métrage avec des acteurs cubains, pour donner une nouvelle dimension à Elpidio Valdés. Aujourd’hui, il n’en est plus question, mais le désir de la famille serait que l’aventure continue, dans l’esprit de son créateur. Une tâche difficile à Cuba où la notion de droits d’auteur est très très floue.

Il serait également souhaitable que les films soient restaurés avant de disparaître sur les étagères poussiéreuses des archives de l’ICAIC…

En attendant, vous pouvez retrouver le héros dans le Parque de Diversiones Elpidio Valdés près de Guantánamo (la ville, pas la base !) ou dans de très nombreuses représentations plus ou moins autorisées : Tatouages, caricatures, historietas parallèles, chansons… et une multitude de profils FB, mais le vrai le seul c’est Elpidio Valdés – Oficial.

Roberto Ramos pose à La Marca, devant son interprétation de Elpidio tatoué. Photo EFE, droits réservés.

Elpidio Valdés vu par Denys Almaral : À l’image de la grande majorité des retraités cubains, malgré son glorieux passé, il tente de survivre en vendant le journal. Dessin paru dans 14yMedio en 2016.

Car Elpidio est de Cuba et à Cuba et comme il le répète lui-même : «hay mucho machete por dar todavía».


Autre succès de Juan Padron : Vampiros en La Habana ! Voyez ci-dessous l’article et le trailer. N’oubliez pas votre gousse d’ail…

Image à la Une : Elpidio Valdés en famille avec María Sílvia et Palmiche. Création de Juan Padrón, date non précisée.

Sources : Ian Padrón, en los 50 años de Elpidio Valdés: «Hay mucho machete por dar todavía», interview de Yeanny González Peña dans El Estornudo ; The Old Age of Elpidio Valdés, article de Yoani Sanchez dans 14ymedio, Galos y mambises: Albert Uderzo y Juan Padrón, article de María José Santacreu sur le site ArteCómic.

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