S’élever à la Caridad del Cobre

Pourquoi pas moi ? Tout le monde va à la Basilica Nuestra Señora de la Caridad del Cobre : 3 papes, Yoani Sanchez, Willy Chirino, les étoiles du Ballet Nacional et les champions de beisbol, les reggaetoneros et les babalaos…

Et surtout des milliers d’anonymes venus des quatre coins de Cuba, Miami inclus. Sans compter les touristes, sidérés par la beauté du site et l’ambiance de dévotion qui enveloppe cette basilique de style éclectique, au dessin somme toute banal mais posée comme par magie sur le tapis sublime de la forêt tropicale.

La Basilica de El Cobre telle qu’on la découvre soudain au détour de la route.

C’est quoi El Cobre ?

El Cobre, population 7 000 âmes, est un village de la municipalité de Santiago de Cuba. Accroché au flanc de la Sierra Maestra, il est surtout connu pour la basilique qui abrite la Sainte Patronne de Cuba. Il doit son nom aux mines de cuivre exploitées jusque récemment, d’abord par des personnes soumises en esclavage puis par des personnes libérées et même, c’est moins connu, par des mineurs venus de Cornouailles.


L’histoire de la Sainte Patronne de Cuba remonte 400 ans en arrière, lorsque trois mineurs – connus comme los tres Juanes – partis à la recherche de sel du côté de la bahía de Nipe, ont ramené à terre une image de Marie trouvée en mer, alors qu’une tempête menaçait. Depuis lors, la dévotion à cette Marie accompagne l’histoire de la mine et s’est rapidement étendue à l’Île entière.

Vous la verrez très souvent représentée vêtue de son manteau jaune d’or, surplombant les flots et adorée par trois hommes dans une barque.

Dans la santeria, la Señora del Cobre est assimilée à Oshun, l’une des principales figures du panthéon Yoruba. Elle y symbolise la féminité et les eaux douces, on lui offre des tournesols et du miel, sa couleur est le jaune. Tiens, justement, c’est aussi la couleur des pèlerins et des offrandes à El Cobre…


L’exploitation du cuivre a démarré au XVIe siècle, dans un cadre colonial où la couronne d’Espagne tirait bien son épingle du jeu. À la fin du XVIIIe siècle, El Cobre comptait 1 320 habitants, principalement des esclaves de la couronne, plus un tiers d’afrodescendants libérés. Les hommes allaient aux champs tandis que les femmes travaillaient dans la mine à ciel ouvert. Le premier soulèvement de cimarrónes est survenu à cette époque : le Monumento al Cimarrón, érigé sur une colline proche, en atteste encore aujourd’hui. Pour celui dédié à la femme exploitée, on attendra encore quelques lustres.

En 1830 une autre couronne prend possession des lieux : celle d’Angleterre. D’où l’importation de mineurs qui, en hérétiques protestants qu’ils étaient, durent faire construire leur propre cimetière hors des murs bénis par l’église catholique.

Les guerres d’indépendance ne font pas l’affaire des investisseurs étrangers (ah bon ?) … mais en 1902 la mine change encore une fois de mains, au profit d’un riche New-yorkais.

1926

En 1926, à Cuba, le général Machado fait régner la terreur et un ouragan dévaste l’ouest de l’île. Pendant ce temps-là, dans l’Oriente, on célèbre la naissance d’une nouvelle église sur l’emplacement d’une ancienne et modeste chapelle : Nuestra Señora de la Caridad, reliée au village d’El Cobre par un escalier de 254 marches. Désormais, le village serait plus connu pour son église que pour sa mine…

On peut imaginer que cette dernière a été nationalisée en 1960 (infos manquantes) mais ce qui est sûr c’est qu’elle a fermé en 2001, laissant 325 compañeros sur le carreau.

El Cobre, un ancien mineur revenu à la terre, avril 2012

Heureusement, le tourisme et la ferveur religieuse allaient prendre le relais pour permettre la subsistance des habitants d’El Cobre.

Au XXIe siècle, Cachita, comme on la surnomme affectueusement, attire toujours plus de cubains et d’étrangers, sans distinction de classe sociale, de couleur de peau ou d’orientation politique… et même sans distinction de religion !

El Cobre, girasoles para Oshún 2012

Y aller

La route quitte Santiago en direction de l’ouest et au bout de quelques kilomètres, vous êtes guidés par les innombrables vendeurs de tournesols qui brandissent leurs bouquets. Puis la Basilique apparaît dans son écrin réaliste magique.

Montez l’escalier à pied ou garez-vous derrière le bâtiment et observez les allées et venues : cette visite revêt une importance extrême pour les croyants, qui se sont mis sur leur 31 pour l’occasion. Tout de blanc vêtus, ou tout de jaune…

Vendeurs de compositions florales sur la route d’El Cobre, Santiago de Cuba, décembre 2019
Visiteuses à El Cobre, décembre 2019
Vue d’ensemble de l’intérieur de la Basilique, El Cobre, décembre 2019
Une des nombreuses bénévoles d’El Cobre, Santiago de Cuba, décembre 2019
Visite à El Cobre, pour ces initié-es à la santeria, décembre 2019

À l’intérieur, la toute petite vierge trône en hauteur, dans l’axe principal de l’édifice. Les chapelles latérales accueillent les principales attractions : les milliers d’ex-voto amenés quotidiennement par les fidèles.

Ex-voto

Il faut prendre le temps d’observer tous ces objets et les papeletas qui les accompagnent : médailles olympiques, béquilles, vêtements d’enfants, maillots de sport, diplômes, photos… déposés en remerciement, dans la fumée des centaines de bougies qui se consument lentement sur les cimaises voisines.

Certains ex-voto sont très célèbres, tel le Prix Nobel de Littérature d’Ernest Hemingway ou les décorations des héros de la Sierra Maestra. Mais vous ne pourrez plus les contempler de près, car ils ont été accrochés hors de portée des mains baladeuses. Coup de bol j’avais photographié ces dernières en 2012, vous pouvez les voir là :

Prix Coral du scénario (2014) pour Santa y Andres (2016) de Carlos Lechuga

On dit que Yoani Sanchez a déposé dans la chapelle son prix de journalisme Ortega y Gasset, obtenu en 2008 pour le blog Generacion Y. Mais cet objet n’est pas particulièrement mis en valeur dans les vitrines…

Personnellement, j’ai un faible pour un ex-voto culturel : le Premio Coral du meilleur scénario, obtenu par Carlos Lechuga en 2014. Deux ans plus tard, son très beau film Santa y Andres était retiré de la compétition pour cause de diversionisme idéologique. Sic transit gloria mundi…

Que votre motivation soit la foi ou curiosité, choisissez bien votre jour de visite : en semaine vous serez plus tranquilles, le dimanche matin il y a messe et le 8 septembre, anniversaire de la Sainte, l’affluence est maximale ! Autour de Noël, vous pourrez y faire des selfies en mode « ferme célébrités » devant l’immense crèche…

La Ferme Célébrités à El Cobre, Santiago de Cuba, décembre 2019

Sur le chemin du retour

Avant de regagner Santiago de Cuba, vous devez absolument faire halte au Monumento al Cimarrón et, why not, vous rafraîchir au Palenquito. Voyez cela en page 2 !

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