Marcelo Pogolotti, passé et présent d’un futuriste

Dans les salles du Museo Nacional de Bellas Artes, il m’évoquait un certain Fernand Léger, avec ses portraits un brin cubistes de la Classe Ouvrière et de la Grande Ville. Ce même musée de la capitale cubaine lui consacre en ce moment une rétrospective, à voir jusque fin mai.

Sous le titre Marcelo Pogolotti. Vanguardia, Ideología y Sociedad,elle regroupe 41 toiles et dessins réalisés entre 1927 et 1938. Une salle est consacrée à la deuxième vie de Pogolotti, cette période où il s’est exprimé avec sa machine à écrire en publiant livres, essais, articles de presse et critiques d’art.

Aqui se trabaja para nada, Marcelo Pogolotti 1931

Pourquoi cette césure dans sa carrière et dans sa vie ? C’est ce que j’ai essayé de comprendre et que je vous restitue en quelques mots :

Marcelo Pogolotti, peintre, dessinateur et polygraphe cubain, assimilé au mouvement futuriste – mais auquel on ne saurait le réduire – est né à La Havane en 1902. Son père, un immigré italien ayant épousé une riche américaine,  est le constructeur du premier quartier ouvrier, à l’ouest de la capitale, toujours connu sous le nom de Reparto Pogolotti.

Marcelo passe son enfance en Italie mais en 1923 il est inscrit à la Art Students League de New York, où il est tenté par le post impressionnisme. De retour à Cuba, il peint des paysages avec une touche néo-cubiste. Un homme de son temps en quelque sorte.

Il participe à la Exposición de Arte Nuevo de 1927, considérée rétrospectivement comme la première manifestation de l’avant-garde cubaine. À cette époque il est aussi dessinateur industriel pour le ministère des Travaux Publics, ce qui lui permet de développer son goût pour les paysages urbains et la modernité.

Il rejoint le mouvement futuriste italien à Turin. C’est l’époque où il compose El hombre de hierro et Campos magnéticos (1931) et pratique le collage. Marinetti le reconnaît comme l’un de ses pairs. Cependant la rupture est proche, tant pour des raisons artistiques que politiques et idéologiques. Le fascisme, très peu pour lui.

Direction Paris où il rencontre Alejo Carpentier et rejoint l’Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires. Il y côtoie les surréalistes, Aragon, Charlotte Perriand… et commence à écrire sur l’art. Ses dessins de cette période expriment l’hybridation culturelle de son île lointaine et de profondes préoccupations sociales.

Cronometraje (fragment), Marcelo Pogolotti 1937

Son tableau Paisaje cubano (1933) reflète certes la dure réalité cubaine des années 30, mais aussi toutes les dictatures néocoloniales qui sévissent de par le monde. Quant à sa dernière peinture, Encuentro de dos épocas (1938), elle se situe plutôt du côté de la perplexité historico-sociale. On y voit un monde déshumanisé avec les cheminées d’usine pour ligne d’horizon.

Mais en 1938, le peintre et dessinateur au regard acéré perd définitivement la vue. Il va maintenant se consacrer à l’écriture et finira par quitter l’Europe. Après avoir longtemps vécu entre le Mexique et Cuba, Marcelo Pogolotti est mort en 1988 dans la cité qui l’avait vu naître.

Malgré la brièveté de sa carrière artistique, il reste dans l’histoire comme le premier Cubain ayant appartenu à un mouvement d’avant-garde européen, 20 ans avant Wifredo Lam. À une époque où artistes et intellectuels cubains pouvaient naviguer librement entre les continents…

Evasion, Marcelo Pogolotti 1937

Si vous avez la chance d’être à La Havane en ce printemps, courez au musée pour découvrir Marcelo Pogolotti. Vanguardia, Ideología y Sociedad !


Source : Marcelo Pogolotti sur le site EnCaribe.org.

Image à la Une : Marcelo Pogolotti Fiesta Campestre, 1935 – 1936

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