Plaisir d’offrir : Cuba à Washington

Pendant 2 semaines ce printemps, le Kennedy Center présentera « Artes de Cuba : From the Island to the World, un festival pour célébrer la richesse artistique qui a émergé de l’île ensoleillée de Cuba. Un rassemblement sans précédent d’artistes cubains et cubano-américains de la diaspora¹ ».

C’est ainsi que la manifestation est présentée officiellement au public États-Unien, faisant fi de 60 années de graves dissensions politiques, diplomatiques et militaires. Tout juste un mot : diaspora, pour indiquer que – peut-être – il s’est passé quelque chose qui a provoqué la constitution d’une communauté cubaine à l’étranger.

Intéressant point de vue, d’autant que les choix artistiques de la programmation font le grand écart entre valeurs sûres et artistes émergents. Avec une petite dose de poil à gratter, mais pas trop. Voyons voir :

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Esterio Segura, Hybrid of a Chrysler. Droits réservés.

Esterio Segura, Roberto Diago, Emilio Perez, José Parla, Roberto Fabelo et Manuel Mendive représentent les arts visuels. Et une nouvelle venue au rayon « International » : Celia Ledón, qui œuvre à la frontière de la mode et de la création textile.

Heureusement (et sans surprise) les femmes sont plus présentes du côté des concerts proposés pendant ces 2 semaines. De Omara Portuondo à Yissy Garcia avec son groupe Bandancha, en passant par La Dame Blanche (notre cubaine parisienne), et La Reina y la Real (mes chouchoutes), toutes les générations sont représentées.

Yissy Garcia 2015. Photo droits réservés.

Autre événement musical : le Piano Marathon de Aldo López-Gavilán et Jorge Luis Pacheco. L’un navigue entre La Havane et le monde, l’autre est franchement basé aux États-Unis, mais ils partagent leur immense talent au piano, agrémenté de leur savoir-faire de showmen… si j’étais sur place c’est probablement LE concert que je ne raterais pas.

Dans les salles obscures, une sélection cinéma moins éclectique : Memorias del Subdesarollo, Retrato de Teresa, Lucia et Fresa y Chocolate sont certes de grands films (témoins d’une époque révolue) mais la création cinématographique cubaine ne se limite pas à ces bobines qui tournent en boucle dans tous les festivals internationaux.

Sergio Corrieri dans Memorias del Subdesarollo de Tomás Gutiérrez Alea, 1968.

Bon, Suite Habana et Conducta sont également projetés, ainsi que quelques documentaires…

Vous aimez la danse ? Le festival vous propose un éventail allant du Ballet Nacional (Don Quixote, Giselle) à Malpaso Dance Company (une jeune troupe qui cartonne déjà en Amérique du Nord) en passant par Irene Rodriguez (flamenco a lo cubano).

Le Teatro El Publico dans Las amargas lágrimas de Petra von Kant, pièce de Fassbinder mise en scène par Carlos Diaz.

C’est du côté de la scène théâtrale que quelque chose de moins conventionnel se joue peut-être : Argos Teatro reprend 10 millones et le Teatro El Publico, mené par Carlos Diaz, présente Les Larmes Amères de Petra Von Kant. Oui, Fassbinder au Kennedy Center, joué par une troupe cubaine où tous les rôles féminins sont interprétés par des hommes !

Pas de reggaeton à Washington

Si on devait dessiner un portrait de Cuba au travers de cette programmation, admirable par son ampleur, on obtiendrait  étrangement une image très lisse, idéalisée, souriante, à peine dérangeante par moments mais jamais dissidente. Ce n’est pas le clip du festival, qui aligne cliché sur cliché, qui le démentira.

Et la suite ? Rendez-vous après les élections, de part et d’autre du Détroit de Floride…


¹ « For two weeks this spring, the John F. Kennedy Center for the Performing Arts will present Artes de Cuba: From the Island to the World, a festival celebrating the artistic richness that has emerged from this « island archipelago in the sun. » This unprecedented gathering of Cuban and Cuban American artists represents some of the world’s greatest from the island and the Diaspora (…) texte d’introduction de la manifestation sur le site kennedy-center.org.

Image à la Une : Capture d’écran : Julio Montoro y Alma Latina featuring La Reina y la Real, clip Habana Wifi 2016. Droits réservés.

Source : ARTES DE CUBA : From the Island to the World.

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