Un premier jour à La Havane

Arrivée à La Havane : entre l’avion et la terre ferme, il y a ce long couloir que j’appelle « jardin d’acclimatation ». Il est là pour vous rappeler que vous venez d’arriver dans un pays chaud et humide, où l’essence et l’huile de friture n’ont pas le même parfum qu’à la maison et où les embruns salés donnent aux baies vitrées cet aspect d’aquarium. Vous voilà prêt à barboter à la douane, entre 15 minutes et 3 heures, c’est selon…

L’arrivée à José Marti International : un couloir pour s’acclimater.

Le taxi qui vous emmène en ville donne le ton : S’il est en veine, vous connaîtrez tous les potins du jour avant d’arriver au bout de la course. Exemple :

-,¿ Que tal de Cuba ?
-Bien, bien, tranquilo.
-,Y ¿ el nuevo presidente ?
– Nada especial. Et vous savez ? On se demande s’il est homosexuel !
– Ah bon. Et… qu’est-ce que ça changerait ?
– Rien. Rien, rien… De toutes façons il lui faudra du temps pour régler quelques problèmes. Et vous, c’est pas la première fois que vous venez à Cuba ? Vous aimez La Havane ?
– Non pas la première fois et OUI j’aime beaucoup La Havane. Et Santiago aussi.
– Ah, vous y allez ?
– Non, pas cette fois-ci, je n’ai pas envie de prendre un vol intérieur.
– Ah pourquoi ?
– Ben… après l’accident du mois de mai, bof bof.
– Ah ben alors si on réagit comme ça, on reste chez soi, on sort pas, quoi. Te toca lo que te toca…

Sur cette jolie conclusion philosophique, vous voilà arrivé.

Conversation avec le chauffeur de taxi et sa petite amie, sur l’avenida Boyeros, entre l’aéroport José Marti et le Vedado.

Sitôt défait votre bagage cabine, vous avez des fourmis dans les jambes et hâte d’étrenner vos tongs. Sortir, voir du monde, respirer ! Et puis il y a 2 ou 3 formalités à accomplir. Vous voilà dans la rue, cueilli par la scène familière à laquelle vous ne vous ferez jamais : la file d’attente impressionnante devant Coppelia.

La Rampa : deux files d’attente, pour le glacier Coppelia ou pour le bus, forment déjà une petite foule.

Dans le même coin se trouvent la banque et le minipunto pour acheter la précieuse carte wifi, désormais indispensable à votre vie en réseau. Il est tard, c’est fermé. Heureusement il y a la revendeuse à la sauvette.
– Psst, wifi ? De que pais son ? Francia ? ça fait 2 CUC pour 1 heure. Quoi, tu trouves ça cher ? Mais c’est le prix !
– Non madame, c’est 2 fois le prix.
– Ah mais moi j’ai que celles-là et c’est 2 CUC. Mi amor, tu en prends combien ?
– La moitié d’une ?

Sur ce, vous faites ce que vous voulez de votre soirée. Rendez-vous le lendemain matin à 6h, les yeux écarquillés par le décalage horaire. En attendant le petit déjeuner (dans mille ans) vous sortez sur le Malecón et croisez les derniers fêtards et les premiers sportifs, magnifiés par la lumière rasante du soleil qui se lève la-bas, derrière le Morro.

Fin de nuit sur le Malecón de La Havane.
Carrera Nelson Mandela : 10 Km du Capitolio à la Rampa aller-retour

Petit détour au mercado avant de remonter boire le café. Les avocats sont extrêmement tentants si vous comparez leur taille et leur beauté avec les billes rabougries de votre supermarché habituel. Par ailleurs, vous réalisez une opération monétaire intéressante : vous payez en CUC et on vous rend la monnaie en CUP, pendant que vous révisez mentalement votre table de 25.

Cet avocat est un prétexte pour obtenir de la monnaie en CUP !

Vous avez imaginé un programme ambitieux de sorties culturelles, mais il n’existe aucun Pariscope totalement fiable à Cuba. Vous décidez donc d’aller vérifier par vous-même ce qui est annoncé à la devanture des théâtres et cinémas. Chaque lieu a son style pour annoncer la musique : du graphisme le plus sophistiqué à l’ardoise à l’ancienne…

Affiche de Roberto Ramos dans le hall du Teatro Trianon : Dudo, texte Marie Fourquet, mise en scène Carlos Diaz, interprétation Denys Ramos.

 

Affiches à l’entrée de la Sala Adolfo Llauradó.

Enfin c’est l’heure de vous mêler à la foule pour découvrir l’un des nouveaux lieux branchés de la capitale cubaine. Un théâtre installé dans un garage, le public qui fait la queue (encore…) sur le trottoir, la promesse d’une expérience inédite…

Le public de Ludi Teatro avant une représentation de Bosques, Wajdi Mouawad.

Voilà, 24 heures viennent de passer depuis votre arrivée et le spectacle ne fait que commencer !


Photo à la Une : Aube sur le Malecón, La Havane, juillet 2018.

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