Pétrole à Cuba : conjoncture, structure et transition

Après des semaines de folle inquiétude, le Manuela Saenz a accosté à Cienfuegos ce samedi, avec sa cargaison de pétrole en provenance du Venezuela.

Ouf. Car tout le monde sait que depuis début septembre, la grande île des Caraïbes est en proie à une pénurie gravissime de carburant. La crainte de devoir revivre la Période Spéciale des années 90 est omniprésente, mais le gouvernement lui oppose un discours où le mot « conjoncture » revient en boucle, tout en instaurant des mesures de restrictions sévères.

Eh oui, car le précieux carburant ne sert pas seulement à transporter les touristes de plage en plage, mais à toute une série d’activités essentielles à la vie en société : les transports en commun, l’industrie et l’agriculture mais aussi et surtout… la production d’électricité !

Septembre 2019 : mesures prises par le ministère des Transports face à la pénurie de carburant.

La Niña, la Pinta y la Santa María, El Granma, y el Manuela Saenz

C’est le moment de tenter de faire le point sur le plan énergétique de Cuba, pour nous éclairer sur la situation actuelle. Le tout sans parler de politique, accrochez-vous !

Depuis l’arrivée de Colomb sur l’île, une grande partie des ressources vient de l’extérieur. C’est ce qui fait dire à certains que son histoire peut se lire dans celle de ses bateaux : La Niña, la Pinta y la Santa María (1492), le Granma (1956) et… le Manuela Saenz, accueilli comme le Messie en 2019.

Comme le reste, le pétrole est très largement importé… sauf lorsque les mesures coercitives des États-Unis empêchent son arrivée. Ceci est un embargo. La presse regorge d’infos sur la question, pas besoin de faire un dessin… Le tout est de savoir si ça va durer 107 ans ou si c’est « conjoncturel ».

Conjoncturel, c’est quoi ?

Un détail technique qui empêche de conclure un marché ? Un incident qui ne se reproduira plus ? Ok mais cette conjecture opère à l’intérieur d’un système structuré qui, lui, est en place de façon pérenne.

En effet, la production d’énergie à Cuba repose essentiellement sur des groupes électrogènes qui transforment le pétrole en électricité. En 2018, lesdits groupes ont fourni plus de 27 % de l’électricité de l’île. Un exemple parmi d’autres : la centrale électrique de Cienfuegos consomme 33 000 lites de diesel toutes les 10 heures pour fournir environ 60% des besoins de la Province.

On a donc une « structure » qui repose presque entièrement sur l’importation, ce qui la rend extrêmement fragile, pour ne pas dire dépendante, face aux « conjonctures ».

Carricature de Garrincha : « calmos, c’est conjoncturel ».

Une solution (parmi d’autres, hein, mais on ne parle pas de politique ici) serait de réduire la dépendance en modifiant en profondeur la matrice énergétique du pays.

On en parle peu, mais la transition est en cours. Elle va très très très lentement… Je vous renvoie à l’article Énergie propre à Cuba : Autant en emporte le vent pour en savoir plus sur les projets d’éoliennes et autres énergies renouvelables à Cuba.

En attendant…

En attendant, les files d’attente aux arrêts de bus, symptômes les plus visibles de la crise, continuent de désespérer les cubain-es…


Sources : les chiffres cités ici proviennent de Racionando el diésel en Cuba: lo coyuntural, lo estructural y lo transicional, un article de l’économiste Pedro Monreal sur le blog El Estado como tal et Ya está en Cuba el petrolero que esperaba… sur le site DDC.

Photo à la Une : l’énergie c’est aussi pour l’agriculture ! Ici, un tracteur fait le plein sur la carretera central, près de Santiago de Cuba, 2013.

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