Cuba : cinéma en temps de confinement

2020, année névrotique. Et que font les cinéastes cubain.es pendant le confinement ? Ils tournent ! Ils manifestent, ils font la queue… et pourtant, ils tournent. Pour s’en convaincre, direction Cine Cubano en Cuarentena !

Ce programme en ligne gratuit et 100% cubain est une initiative de José Luis Aparicio et Katherine Bisquet. Faisant face à l’ennui généré par le confinement dû au Covid 19, ils se sont décarcassés pour créer cette cinémathèque éphémère et attiser notre curiosité pour le cinéma.

Le tout – des dizaines de films de tous genres, époques et formats – se trouve dans l’excellente revue en ligne Rialta, décidément une mine. Voici ma sélection des sorties 2020 :

#quédatencasa I : La tarde

Deux minutes planantes dans un espace liquide où l’intime d’un barbacoa sous les toits communique magiquement avec l’espace ouvert du Malecón habanero. C’est signé Rocío Aballí (photographe et vidéaste) et Andy Ruiz Muñoz, fondateur du studio Lumbermedia, spécialisé dans les images de réalité virtuelle, augmentée et à 360°.


Rojo, Amarillo, Verde

Le 11 janvier 2020, un immeuble – un de plus – de Centro Habana s’est effondré. Il était déclaré inhabitable et irréparable depuis… 1970. Six mois plus tard, les habitants attendent toujours de l’aide. Parmi eux se trouve le cinéaste Andy Ruiz, qui témoigne dans le film réalisé par Ricardo Figueredo.

Trois couleurs, comme trois états d’âme face au désastre. Et des images d’archives qui viennent renforcer la narration et l’immense lassitude des habitants. Cherchez l’erreur : durant l’année 2020, 14 hôtels de luxe ont été achevés à La Havane.

Le générique de fin s’accompagne d’un titre de Jorgito Kamankola dont je vous traduis ici le refrain :

Esto es suda cabrón pa’ que goce el turismo
C’est ça, sue, connard, pour le plaisir du tourisme

Andy Ruyz et sa fille dans Rojo, Amarillo, Verde de Ricardo Figueredo, 2020.
Miriam Carlos Rodriguez dans Rojo, Amarillo, Verde de Ricardo Figueredo, 2020.
Esto es Suda, Cabrón, pa’que goce el turismo, Rojo, Amarillo, Verde de Ricardo Figueredo, 2020.

Pour voir ce court métrage sur viméo, merci de saisir ce code 3colores dans le champ prévu à cet effet.


Subterráneo. Episodio 1. El guardador del rebaño

Ce moyen métrage produit par Radio Televisión Martí (autrement dit made in Miami) revient sur trente ans de création musicale et poétique à la périphérie.

Périphérie de la pensée indépendante et créatrice, périphérie de la ville – car chacun sait que le rap cubano est né à Alamar – et des trajectoires cabossées qui aboutissent à l’opposition, à l’exil ou à la résignation. Une génération d’hommes (car les femmes sont presque absentes de ce mouvement) qui a assisté à la montée en puissance de la consommation déchaînée : tourisme, jineterismo et reggaeton…

Un montage virtuose mixe dans le même flow des images d’archives, des scènes de rue et des interviews éclairantes. Voir le grand et talentueux Raudel Collazo fondre en larmes à l’évocation de tout ce temps perdu à attendre, écouter la voix de Juan Carlos Flores, poète suicidé en 2016, c’est dévastateur. Mais n’empêche, la création ne meurt jamais et vivement les épisodes suivants !

Amaury Pacheco dans Subterráneo. Episodio 1. El guardador del rebaño de Magdiel Aspillaga & Joe Cardona, 2020
Une image fugitive de Subterráneo. Episodio 1. El guardador del rebaño de Magdiel Aspillaga & Joe Cardona, 2020

Le titre Subterráneo CAP 1 El guardador del rebaño est une référence au poème de Fernando Pessoa O Guardador de Rebanhos (El guardador del rebaño, Le gardien du troupeau) publié par son hétéronyme Alberto Caiero.

Juan Carlos Flores (1962_2016) s’en est inspiré pour son propre poème :
Soy el guardador de rebaños
Y mis rebaños son los sueños
No soy el guardador de rebaños
Los poetas cubanos ya no sueñan (…)

Je suis le gardien des troupeaux
Et mes troupeaux sont les rêves
je ne suis pas le gardien des troupeaux
Les poètes cubains ne rêvent plus (…)

Les vidéos présentées dans Ciné Cubano en Cuarentena sont visibles avec l’autorisation de leurs auteurs et autrices, ou proviennent de plateformes publiques bien connues telles que Viméo ou Youtube. Les conditions de visionnage sont précisées sur lesdites plateformes, avec éventuellement un mot de passe, fourni par leur propriétaire. Autrement dit, allez-y sans crainte, les droits d’auteur sont respectés.

Avec, dans l’ordre de projection : :

#quédatencasa I : La tarde (serie documental) Andy Ruiz Muñoz & Rocío Aballí, dir., 2020, LUMBERS Media
Rojo, Amarillo, Verde (documental) Ricardo Figueredo, dir., 2020, Cooperativa Producciones
Musique Los Poison Library et Jorgito Kamankola
Sous-titres espagnols
Subterráneo. Episodio 1. El guardador del rebaño (documental) Magdiel Aspillaga & Joe Cardona, dir., 2020, Radio Televisión Martí
Sous titres-anglais

Image à la Une : capture d’écran de #quédatencasa I : La tarde de Andy Ruiz Muñoz & Rocío Aballí, 2020. Oui, restons encore un peu à la maison puisque le ciné vient à nous !

3 réflexions sur « Cuba : cinéma en temps de confinement »

  1. Merci mille fois, Céline, le docu sur le rap est vraiment… dévastateur, comme tu le dis, dans toute la polysémie du mot !
    Gros bisous

  2. Merci ! ça me donne envie de lire la poésie de Juan Carlos Flores, il faudra qu’on essaie de le dégoter à La Havane. Bisous.

  3. Oui oui oui !!! Et j’ai vraiment adoré Raudel Collazo ! Sa tristesse est partagée par nombre de Cubains de tous bords. Cela m’a rappelé le gardien d’un resto avec qui j’avais longuement parlé une nuit et qui a fini par fondre en larmes (et moi aussi !) …
    Je me régale avec ces films. J’ai particulièrement aimé Ode à l’Ananas et tous ceux que j’ai vu jusqu’à présent sont de bonne qualité.
    Bisous.

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