Ana Mendieta, capture d'écran trailer Hayward Gallery, Londres 2013

15 X Ana Mendieta

Films et performances d’Ana Mendieta portent la trace de son exil de Cuba comme de sa condition de femme. En une quinzaine d’années, cette artiste, contemporaine de l’art minimal comme de l’art féministe des années 70, a construit une œuvre qui résonne  aujourd’hui plus singulièrement que jamais.

Rétrospectivement, on la situe aux confluences du Land Art, de la performance et du Body Art pour son utilisation du sang, de la terre, de l’eau et du feu, souvent dans des espaces naturels. L’ensemble le plus connu, Silueta Series, consiste à inscrire l’empreinte  de son corps sur le sol d’un territoire donné – mais séparé à jamais de sa terre natale donc d’une partie d’elle-même. D’où le trouble…

Et de fait son œuvre est tellement organique et autobiographique que son départ de Cuba dans le cadre de l’Opération Peter Pan¹, de même que sa  mort² jamais élucidée, semblent presque en être les premières et dernières actions.

Trailer de l’expo Ana Mendieta : Traces. Hayward Gallery, Londres 2013

Aujourd’hui la galerie Lelong New York, dépositaire de l’ensemble des œuvres, nous propose Ana Mendieta : Experimental and Interactive Films, un coup de projecteur sur son travail cinématographique. Les 15 films – dont 9 jamais vus – viennent d’être transférés en digital, pour leur offrir une nouvelle vie et les conserver pour les générations futures.

Nombre de films ont été découverts récemment à l’occasion des travaux de catalogage. Parmi eux, son premier film Untitled (vers 1971) réalisé à 22 ans lorsqu’elle était étudiante à l’Université de l’Iowa. Déjà, elle exploitait les possibilités du support en incorporant des griffures sur la pellicule. Autres innovations dans son exploration du medium, des techniques comme les rayons X ou la polarisation.

Ana Mendieta, capture d'écran trailer Hayward Gallery, Londres 2013
Ana Mendieta, capture d’écran trailer Hayward Gallery, Londres 2013

Les films interactifs enregistrent ses intervention dans des espaces urbains de Mexico ou de l’Iowa. Dans Moffitt Building Piece (1973) – réalisé après qu’une camarade d’Université ait été violée et assassinée – elle déverse du sang et des viscères sur un trottoir et filme les réactions des passants. Sombre prémonition ou tentative de reconnexion avec les rituels des religions afro-cubaines…

Ana Mendieta: Experimental and Interactive Films à voir à la Galerie Lelong New York du 5 février au 26 mars 2016.

Vidéo Betacam numérique  couleur, silencieux, 6’20 ». Dépôt de la « Centre Pompidou Foundation » en 2009 (don de Raquelin et Ignacio Mendieta).

Sinon, les dernières rétrospectives d’Ana Mendieta en Europe remontent à 2013 : Hayward Gallery, Londres et Castello di Rivoli, Turin. Pour voir quelques œuvres en France il faut aller au Centre Pompidou, à la Collection Lambert en Avignon ou au Frac Haute Normandie.


Opération Peter Pan février 1961, droits réservés
Opération Peter Pan février 1961, droits réservés

¹ L’Opération Peter Pan (dont Miami était le Neverland) a conduit 14 000 enfants cubains à trouver refuge sur le sol des États-Unis pendant les premières années de la Révolution. Leurs parents pensaient les soustraire provisoirement au régime communiste, mais à la suite de la rupture diplomatique entre les deux pays, les familles ne devaient être réunies que des années plus tard. Ana et sa sœur ont ainsi vécu dans l’Iowa de pensionnat en pensionnat avant de retrouver leur mère. Leur père, ayant participé à l’opération dite de « La Baie des Cochons », purgea une longue peine de prison avant de les rejoindre.

² Au petit matin du 8 septembre 1985, le corps d’Ana Mendieta s’écrase sur l’auvent d’une épicerie de Manhattan après une chute du 34ème étage. Elle avait 37 ans. Son mari l’artiste minimaliste Carl André a été accusé, jugé et acquitté mais de nombreuses personnes pensent qu’Ana Mendieta a subi, en tant que femme, la violence de genre qu’elle dénonçait tant dans son travail d’artiste.

Article Contra el olvido de Ana Mendieta de Aurora Díaz Obregón dans PIkara online magazine.

Image à la Une : Ana Mendieta, capture d’écran du trailer de l’expo Ana Mendieta à la Hayward Gallery, Londres 2013. Droits réservés.

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