Sara Gómez – J’irai à Santiago

Cuando llegue la luna llena iré a Santiago de Cuba,
iré a Santiago, en un coche de agua negra.
Iré a Santiago.
Federico García Lorca, Son de negros en Cuba

Le film s’ouvre sur ces quelques vers tracés à la peinture blanche sur un mur lépreux, mais la suite est plus question de rythme que de poésie : La caméra se balade dans les rues¹, entre dans les maisons, suit les funérailles d’un membre d’une sociedad de tumba francesa et saisit les scènes de carnaval avec une honnêteté impressionnante.

Sara Gómez (Guanabacoa, 1942 – 1974) : réalisatrice, scénariste, musicienne et journaliste. Première femme cubaine à diriger un long métrage de fiction, qui fut terminé par Tomás Gutiérrez Alea et Julio García Espinosa après la crise d’asthme qui l’emporta.


Elle s’est construite au milieu d’un processus social vertigineux qu’elle a traduit avec son esprit limpide, franc et tenace. Elle assumait sa condition d’être humain à travers trois composantes incontournables : race, sexe, nationalité.


Dans sa courte vie elle avait eu le temps de voyager à New York, d’étudier à l’ICAIC, de réaliser quelques documentaires pour l’Enciclopedia popular, de rencontrer Agnès Varda qui préparait Salut les cubains ! (revu récemment : hilarant avec le recul) et d’assister le futur grand Tomás Gutiérrez Alea.

Femme, de peau noire et cinéaste dans une société qui venait d’abolir les discriminations… sur le papier, elle s’attaque aux sujets qui la touchent au cœur : la culture populaire, la marginalité, le racisme, le féminisme et la place des femmes dans la société.

En 1974 l’ICAIC la promeut réalisatrice à part entière, elle commence le tournage de son film mais l’histoire s’arrête là.

…Bien des années plus tard, Nancy Morejón (poète, journaliste et critique littéraire) dresse un portrait admiratif : « Sara Gómez Yera s’est construite au milieu d’un processus social vertigineux qu’elle a traduit avec son esprit limpide, franc et tenace. Elle croyait dans les changements substantiels que toute révolution engendre, elle assumait sa condition d’être humain à travers les trois composantes incontournables : race, sexe, nationalité. Elle était cinglante et audacieuse, mère, cuisinière et photographe, elle était tendre et industrieuse, polyvalente jusqu’à se hisser au sommet de cet immense arc en ciel dansant sous nos yeux comme le signal distinctif de son cinéma… »

 

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Sources : Afrocubaweb et EcuRed

¹ Ces rues qui ont si peu changé depuis, à part peut-être le lycra, les jeans et maintenant les portables ?

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