S comme San Lázaro, Sombras

San Lázaro

Il fait l’objet d’un énorme pèlerinage les 16 et 17 décembre, dans les environs de La Havane mais par ailleurs on le voit vraiment partout ce San Lázaro assimilé à Babalú Ayé (origine : Dahomey).

Les Espagnols ont introduit le culte de ce ressuscité à Cuba et lui ont construit un temple dans une léproserie sur le site de l’actuelle rue San Lázaro à La Havane (la lèpre y fait toujours rage mais seulement sur les façades). Aujourd’hui il est dans toutes les églises mais aussi dans les lieux les plus inattendus. On lui offre des pièces de monnaie (en référence à la mendicité), un cigare allumé, des fleurs mauves et de l’huile. Ses couleurs sont le violet et le brun, il est toujours en haillons et accompagné de chiens, comme Babalu Ayé qui est de plus souvent représenté avec des béquilles.


Pour quelques impressions fugitives et explications de la santeria, voir aussi les pages OshúnVestido de blanco et Yemaya !


Le 17 décembre 2014, jour de sa fête, le président des Etats-Unis et le chef du gouvernement cubain se sont parlé au téléphone et ont annoncé au monde entier la résurrection des relations diplomatiques entre les deux états. Merci qui ?

Pour aller beaucoup plus loin :  La Forêt et les Dieux de Lydia Cabrera aux éditions Jean-Michel Place et une belle galerie de photos sur le site Havane Times.

Sombras

« Sin el Negro Cuba no seria Cuba. » Fernando Ortiz

Pour une femme française de type caucasien la discrimination raciale ne saute pas aux yeux à Cuba. Mais elle est bien là et se manifeste de la même façon que dans les rues de nos villes… Pourtant un des chantiers de la révolution a été de combattre le racisme, et dès 1961 celui-ci était officiellement éradiqué. Belle performance dans ce pays qui a été la plaque tournante du commerce des esclaves…

Sombras : Aujourd’hui on admet généralement que 37 % des Cubains sont des Blancs (majoritairement d’origine espagnole), 51 % sont des Métis¹ (reste à savoir qui se considère comme métis) et 11 % sont des Noirs d’origine africaine. Les Asiatiques représentent 1 % de la population et les descendants des Amérindiens, occupants originels de l’île, ont presque disparu.

Trinidad, barrio Santa Ana 2015
Trinidad, barrio Santa Ana 2015

Munis de ces quelques chiffres vous pouvez vous balader dans Centro Habana, dans le reparto Van Van à Santiago, ou Santa Ana à Trinidad et vous verrez un parallèle entre nuance de peau et pauvreté.

Pourtant les Africains d’Angola, du Nigeria ou du Sénégal ne sont pas l’unique apport depuis que les conquistadores ont décimé les Taïnos : des Chinois, Japonais, Français (via Haïti surtout), Libanais, Jamaïcains, États-Uniens et Canadiens ont émigré de tous temps. Et plus récemment des Russes !

Mais le sujet du racisme est complètement tabou dans la vie courante. Souvent, pour vous parler d’une personne à la peau noire on ne prononcera pas le mot, mais on fera un signe de l’index droit sur l’avant-bras gauche, pour attirer votre attention sur la couleur de peau (anecdote garantie véridique).

En revanche il est abondamment documenté dans les arts plastiques et la littérature depuis le XIXe siècle, la parole étant presque toujours aux Blancs. Un exemple parmi d’autres : le roman Cecilia Valdes de Cirilio Villaverde, New York 1879 suivi du film Cecilia de Humberto Solas, 1982.

Ça bouge avec les rappers qui parlent ouvertement de racisme, avec une nouvelle génération d’artistes qui revendiquent, entre autres, leur pratique de la santeria. Le progrès venant souvent par la culture on peut espérer que demain, le développement de la diffusion artistique à l’extérieur de l’île sera un des outils de diminution des discriminations ?

Ci-dessous quelques liens vers des cours en ligne de l’Université Toulouse II-Le Mirail qui traitent du sujet :

Peaux noires regards blancs Sylvie Mégevand

De Cuba à Miami, la trajectoire d’un Noir cubain Aline Rouhaud

Expressions de la « négritude américaine » dans la poésie de Nicolás Guillén et de Langston Hughes Anne Vigne Pacheco

Voir aussi l’article Nouveau Journal des Voyages pour un témoignage du XIXe siècle !


¹ Wifredo Lam se revendiquait métis : fils de Lam Yam, né à Canton et d’Ana Serafina Castilla, née à Cuba et descendante métis de familles originaires du Congo et d’Espagne : un paradigme de cubain !


 

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4 réflexions sur « S comme San Lázaro, Sombras »

  1. Oui le racisme est ancré très profondément dans les mentalités et ce signe sur le bras dont tu parles justement est très courant. J’ajouterai qu’il passe malheureusement inaperçu même aux yeux des noirs qui restent impavides lorsque des expressions très racistes sont employées dans le quotidien par leurs amis blancs, des expressions qui scandaliseraient en France, alors qu’à Cuba ça ne viendrait à l’idée de personne de s’en formaliser… Hé oui, autre paradoxe cubain, racistes et pas racistes à la fois…. noirs et blancs se mélangent dans les groupes d’amis sans distinction, et comme d’ailleurs tout le monde est plus ou moins métissé… Ce qui reste dans le langage est comme une scorie d’un autre âge…. Au niveau du gouvernement et des institutions, bien sûr, il en va autrement ! La majorité des postes à responsabilité sont occupés par des blancs, et on ne voit pas beaucoup de noirs à la TV !

  2. Oui bien sûr. Ce qui est différent c’est dans le langage : les propos à Cuba sont outrancièrement racistes mais la population est très mélangée (comme je disais scorie dans le langage) et le discours ne parait donc refléter aucune réalité dans la société – je ne parle pas au niveau politique- alors qu’ici c’est presque l’inverse : aucune parole raciste n’est bien vue…. mais peu de mélange dans la population et encore de fortes idées reçues (pas de scories dans le langage mais racisme bien présent dans la société – et au niveau politique). Weird, is’nt it ?

  3. C’est très vrai. Même de ma part : cela m’est plus facile de m’exprimer sur les questions raciales à Cuba que de faire l’inventaire de la mixité dans mon environnement proche…
    Ah on a encore du boulot !

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