Plaidoyer pour l’avocat cubain

Cet avocat succulent, acheté pour quatre sous au carretillero de la calle 19, le trouverai-je un jour sur les étals français, tout comme les bananes de la République Dominicaine ou les citrons verts du Mexique ? Certains en rêvent… regardons-y de plus près :

Un pregonero rompt la tranquilité matinale : « Aguacaaaate ! » répété à l’infini tandis qu’il patrouille le quartier. Une scène familière parmi d’autres, de fin juin à début janvier selon les années. Mais aujourd’hui, considéré comme l’Or Vert de l’alimentation, ce fruit pourrait changer de statut et devenir une source considérable de revenus pour l’île, en raison de l’augmentation vertigineuse de sa consommation dans le monde.

Avocats, guanabana etc. carretillero de Santiago de Cuba, 2015

Avec le dégel diplomatique, les agriculteurs locaux se prennent à rêver d’exportation vers le voisin du Nord. C’est qu’en 2015, on a consommé 907 000 tonnes d’avocat aux États-Unis, deux fois plus que l’année précédente. Et le phénomène n’est pas limité à cette région du monde. Le Mexique reste leader sur le marché, mais la République Dominicaine voisine s’en sort bien aussi, avec 290 000 tonnes par an. Alors, et Cuba ?

Sur l’Île, le fruit est destiné à la consommation intérieure mais il n’existe pas de cultures à grande échelle ni de moyens industriels pour l’exportation, pas plus que pour l’extraction de son huile, très appréciée en cosmétique. Bien que… les autorités soient à la recherche d’investisseurs pour l’ouverture d’une usine pilote. Mais on n’en est pas encore là.


L’avocatier, Persea Americana, est un arbre du genre Persea appartenant à la famille des Lauracées. Originaire du Mexique, il est cultivé sous les climats tropicaux et méditerranéens du monde entier.
On connaît trois variétés : mexicaine, guatémaltèque et antillaise. Par pollinisation croisée, elles ont produit une infinité de variétés. Le fruit est comestible, également utilisé pour son huile et le noyau a de multiples usages.
À Cuba, les trois variétés reines sont Catalina (la plus appréciée), Wilson et Julio.
Le mot aguacate vient du náhuatl ahuacatl  qui remonte au proto-aztèque et signifie également « avocat ». Le mot guacamole vient aussi du náhuatl ahuacamolli, « sauce d’avocat ».


« Aguaaaacate ! » Les avocats cubains, fruits de croisements avec d’autres variétés de la région Caraïbe, sont énormes et plus consistants que d’autres, sans être plus gras pour autant. Un délice. Les agriculteurs privés les distribuent sur les marchés et les fournissent directement aux commerces cuentapropistas qui ont fleuri récemment.

L’augmentation du tourisme a son impact sur ce produit comme sur les autres : la loi de l’offre et de la demande est en passe d’en faire un mets de luxe pour les Cubains. Exemple : en octobre dernier, un avocat de belle taille me coûtait 20 CUP dans les rues de La Havane, un prix dérisoire pour moi mais prohibitif pour ma voisine qui boucle son mois avec son salaire d’État : 500 CUP.

Il y a peu, elle pouvait se l’offrir pour 5 CUP, maintenant pour l’avoir à ce prix il faudrait qu’elle se déplace au marché de gros ou qu’elle fasse affaire avec un cousin de province… Ou alors, qu’elle aille faire un tour au marché d’État, où les prix sont contrôlés. Malheureusement elle n’y trouvera que du second choix.

Aguacates – avocats sur un marché à Santa Clara, janvier 2015.

Mais le capitalisme renaissant n’est pas seul en cause :

Le climat s’est mis de la partie pour faire grimper les prix, en même temps que les niveaux des cours d’eau s’effondrent. En effet, la sécheresse frappe Cuba depuis quelques années et les ouragans, avec leurs trombes d’eau, ravinent les terrains plus qu’ils ne remettent à niveau les réserves. Hors, l’avocat n’est pas bien exigeant mais il lui faut un minimum d’eau après la floraison, faute de quoi les récoltes s’en ressentent.

Alors, entre production aléatoire et distribution défaillante (mentionnons également quelques raideurs administratives), l’aguacate cubain n’est pas près d’enrichir les petits cultivateurs ni d’accéder au marché mondial.

Et pourtant… avoir ne serait-ce qu’un avocatier dans sa cour est un signe de richesse. Voyez les petites annonces : un terrain qui possède déjà un arbre en âge de produire gagne de la valeur, tout comme une maison ayant un puits ou un toit en dur.

Bonus : voyez cette vidéo amateur qui vous mettra l’eau à la bouche.

« Aguaaaacate ! » À Cuba la presse regorge de photos du « Plus Gros Avocat du Monde », tout comme en France en feuilletant le journal des vacances, on tombe souvent sur la plus belle truite ou la plus grosse carpe du concours de pêche…

Records à battre, en attendant l’ouverture des marchés !


Source : article de Marcelo Hernández El oro verde de los campos cubanos dans 14yMedio.

Phots de l’article : Céline Gruyer serendipia-cc.com à La Havane, Santa Clara et Santiago de Cuba.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *