Néons à Cuba : rallumez les étoiles…

Broadway, Paris del Caribe… des surnoms qui couraient dans les années 50 pour désigner La Havane, qui alors brillait de mille feux de néon… strictement réservés aux nantis. Mais après 1959 la plupart des établissements de lux(ur)e ont été fermés et leurs façades se sont éteintes progressivement.

Cafeteria La Favorita dans la calle Zanja, Habana Centro. Apparemment elle a été répudiée…

Des lustres d’embruns et d’humidité tropicale ont eu raison du néon. Les solutions techniques étaient introuvables sur l’Île, on sait pourquoi. Mais voilà qu’après quelques années de très modeste reprise économique, ou plutôt touristico-économique, d’autres sources lumineuses sont disponibles, notamment les LED qui sont bien moins chers.

Et les néons alors ? Bons pour la brocante ? Ce n’est pas l’avis de Kadir López Nieves, artiste plasticien attaché aux signes d’antan. Son travail comporte une bonne dose de nostalgie, pas étonnant que les enseignes de ciné clignotent dans son imaginaire.

Le mythique ciné El Megano, aux abords du Barrio Chino de La Havane. En très mauvais état sauf… le néon récemment restauré.
La Havane : l’immense enseigne au néon du ciné Riviera en cours d’entretien.
Teatro America, dans Centro Habana : un immeuble art déco remarquable et des néons en cours de restauration.

Il a commencé pendant la Bienal de La Habana 2015 (la dernière en date) avec douze néons de cinéma. Les voisins ont trouvé l’idée brillante : quand la faiblesse de l’éclairage public impose un quasi couvre-feu, un néon qui pète dans la nuit, c’est beau et utile à la fois ! Le projet personnel est donc devenu un projet socio-culturel et l’artiste a continué à restaurer d’autres néons, se guidant sur des photos et documents d’époque.

Son projet Habana Light Neon + Signs est intervenu, à ce jour, sur plus de 50 enseignes à La Havane. La vente au secteur privé bourgeonnant (tarif de 200 à… 3 000 $) finance l’activité.


Consommez de façon responsable. Attention l’alcool est réservé aux personnes de + de 18 ans.

L’Ami Américain


I love neon because it’s an organic light that lives and breathes. And then to discover an entire city : it’s almost like finding a treasure box. Jeff Friedman¹


À New York où l’on trouve tout, on trouve aussi une entreprise légendaire de restauration de néons : l’américain Let There Be Neon est depuis quelques temps le partenaire du cubain Habana Light Neon + Signs ! C’est une histoire faite de fascination mutuelle et d’échanges très concrets en fournitures, matériel et expertise technique.

Par les temps qui courent, un tel partenariat est difficile à monter, mais les intéressés font savoir qu’ils sont parfaitement raccord avec les régulations douanières et accords commerciaux… Disons que c’est mi-poétique mi-stratégique, car si le marché s’ouvrait demain il serait énorme !


Petite histoire du tube au néon

Tout le monde pense qu’il est né en Amérique mais c’est Georges Claude, un français, qui l’a inventé. Une réclame Cinzano géante illuminait Paris en 1910. Le néon est arrivé à Los Angeles en 1923 et sans doute dans la foulée sur la côte Est et en Floride. À la fin de la prohibition, tous les bars voulaient un signe lumineux au dessus de l’entrée ! Le néon s’intégra très bien à l’art déco et au modernisme, devenant le symbole du rêve américain auquel Cuba croyait fortement. D’autres sources lumineuses essaient de le détrôner depuis, mais sa qualité reste inimitable.

n.b. tous les « néons » ne fonctionnent pas forcément avec du gaz néon, mais ceci est une autre histoire…


L’expérience à l’étranger a été utile à López Nieves car il ne demeure que très peu d’artisans à Cuba pour maîtriser la technique et notamment la courbure des tubes. Il espère sauvegarder cette connaissance avec son prochain projet : la création d’un « Centre du Néon » dans l’ancien Ciné Rex de la calle San Rafael. Ouverture prévue en décembre. Joyeux noël !

Message personnel

Avis : il y a de très belles enseignes aussi dans tout Cuba et notamment à Santiago. Elles mériteraient largement qu’on s’y intéresse !

Un néon oublié à son sort calle Aguilera, à Santiago de Cuba. Dommage…
Ciné Oriente à Santiago de Cuba : un glorieux passé et un présent bien piteux.

¹ « J’adore le néon parce que c’est une lumière vivante, qui respire. Et puis, découvrir une ville, c’est comme ouvrir une malle aux trésors. » Jeff Friedman, responsable de Let There Be Neon à New York.

Sources : El artista cubano que enciende las luces de neón en La Habana sur le site de presse argentin La Nación. Cuban artist switches Havana’s neon lights back on sur Reuters.

Photo à l a Une : L’enseigne au néon du Teatro Mella, dans le Vedado en 2015 : ce M manquant n’est pas un discret hommage à Ella Fitzgerald ou à la vocation jazzistique de l’établissement, mais le signe d’une absence de moyens.
p.s. L’enseigne a été réparée depuis, par Habana Light Neon + Signs !

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