Mercado de encantos : sortilèges à Santiago…

Rien à voir avec le ciné Encanto de Camagüey ni le défunt El Encanto¹ de la capitale : à Santiago les encantos du marché sont ensorcelants et les croyants les prennent très au sérieux.

Invitée à m’approcher, j’observe respectueusement cet entrelacs de signes, ces objets ordinaires au destin exceptionnel, ces plantes qui me parlent cuisine mais qui ont un tout autre sens ici… et puis je m’éloigne, songeuse et accablée de chaleur, dans le caquètement des poules et la poussière rouge du marché agricole voisin.

Des poules au Mercado de Encantos, Santiago de Cuba, 2015.
Des poules au Mercado de Encantos, Santiago de Cuba, 2015.

Nombreux sont les santiagueros qui pratiquent la Santeria et vont accompagnés de leur orisha à chaque instant de leur vie. Leur foi les amène à recourir à des offrandes, des bains, des herbes utilisées à bon escient ou… des animaux.  Des éléments qu’on réunit difficilement, sauf à Santiago dans ce petit bout de rue à l’abri de la circulation (mais pas du soleil cuisant) où pour un prix certes élevé on peut trouver la jicotea et la poule noire, les herbes Abre Camino ou Rompe Saragüey, un joli Babalu Ayé de plâtre et tous les colliers que l’on veut.

J’étais déjà passée devant de tels marchés, à La Havane ou ailleurs, mais aucun ne m’avait donné, à ce point, cette sensation d’être une étrange étrangère. Peut-être la pauvreté de ces échoppes ou la présence d’animaux vivants que l’on s’apprête à sacrifier… qui définissent un espace hors du temps ?

Pour aller un tout petit peu plus loin sur le sujet de la Santeria voir la page V comme Vestido de Blanco et cet entretien de Paulo Paranagua avec Natalia Bolivar. Les passionné-es se lanceront dans la lecture de La Forêt et les Dieux de Lydia Cabrera. Un voyage en soi…

Promenade au mercado de encantos, Santiago de Cuba 2015.
Promenade au mercado de encantos, Santiago de Cuba 2015.

¹ Au début des années 50, le grand magasin El Encanto de La Havane (avec ses succursales dans tout Cuba) était très chic, tellement chic qu’il détenait l’exclusivité pour Dior en Amérique du Nord ! En 1962 un attentat l’acheva et depuis, il a été transformé en jardin public dans ce quartier beaucoup moins chic de Centro Habana. C’est le Parque Fe del Valle ( du nom de la jeune femme tuée dans l’explosion) et le spot wifi le plus animé de la capitale. Une autre façon d’être à l’avant-garde…

Note : je signale à l’attention du lecteur qui souhaiterait être initié à la Santeria ce que j’ai entendu ici ou là : il existerait un marché de dupes qui consisterait à exploiter les nouveaux venus en leur faisant acheter à des prix multipliés par 10 tout l’équipement nécessaire à l’exercice de la foi… Prudence !

Joli reportage photo dans cet article de Havana Times.

Photo à la Une : Mercado de Encantos, Santiago de Cuba, octobre 2015.

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