La petite musique d’Eduardo Muñoz Bachs

Graphiste et illustrateur au trait reconnaissable entre tous, Eduardo Muñoz Bachs aurait 80 ans aujourd’hui, alors la Biblioteca Nacional José Marti de La Havane lui consacre une exposition. Bon anniversaire aux collectionneurs d’affiches !

Livres pour enfants, bandes dessinées et surtout une sélection d’affiches de cinéma sont à (re)voir dans la galerie El reino de este mundo, qui siège dans la vénérable institution de la Plaza de la Revolución.

Muñoz Bachs est né en 1937 à Valencia, dans une famille qui doit quitter rapidement l’Espagne pour cause de guerre civile. Il a vécu à Cuba jusqu’à sa mort en 2001. Témoin fasciné de l’arrivée de la télévision sur l’Île (1950), il abandonne ses études pour se consacrer à l’illustration et à la caricature. Ses employeurs sont diverses agences de publicité, puis l’ICAIC. Sa première affiche¹ de cinéma sera pour Historias de la Revolución, de Tomás Gutiérrez Alea, suivie de centaines d’autres.

Son style tantôt elliptique (Cria Cuervos) et tantôt foisonnant (Por Primera Vez), mais toujours plein d’humour, fait mouche et devient immensément populaire. Ses affiches sont toujours une réinterprétation du sujet – pas une illustration – et la typographie y joue un rôle majeur.

Une esthétique qui rompt avec les normes du genre mais sera reprise par ses collègues des générations suivantes (voyez ci-dessous une affiche de Muñoz Bachs, 1985 à côté de celle de GIselle Monzon, 2010). Ils resteront également fidèles (sans doute par nécessité) à son support de prédilection : la sérigraphie.

Être le doyen de « l’école de l’affiche cubaine », pas mal pour un autodidacte.

Assez rapidement le graphiste rencontre la figure d’un autre exilé : Charlie Chaplin. Il en fait le motif récurent de nombreux travaux, parce que « c’est un symbole clair et compréhensible du cinéma : il a l’humour, le pathétique, le social, le poétique, le tendre et l’ingénu. C’est un répertoire plastiquement utilisable à l’infini. Chaplin c’est ça aussi, en plus de ce qu’il est« .

Et en effet, de l’affiche de Por Primera Vez au hall du Ciné Chaplin, Charlot est partout à Cuba.

Hall du Ciné Chaplin, La Havane : Charlot montre la direction de la salle qui porte son nom.

Mieux, le logo du Havana Film Festival New York est l’un des derniers travaux réalisés par Muñoz Bachs : Charlot y figure en Statue de la Liberté  brandissant des vagues de pellicule 35mm. Peut-être une vision de la prochaine réconciliation portée – entre autres – par la diplomatie culturelle ?

L’expo, réalisée grâce à la collaboration entre ICAIC, Biblioteca Nacional et Fundación Ludwig de Cuba, est à visiter jusque fin mai.

Ensuite, allez voir du côté des boutiques attenantes aux cinés Yara et Fresa y Chocolate. Vous y trouverez les plus belles affiches de Muñoz Bachs et d’autres tout aussi étonnantes. La Vieille Dame Indigne (René Allio, 1965) et Baisers Volés (François Truffaut, 1968) y côtoient les classiques du cinéma cubain : Manuela, Soy Cuba, Vampiros en La Habana… Un festin ! Prix : 6 à 10 CUC pour un tirage récent. Ah, si vous collectionnez les exemplaires originaux, c’est autre chose, car ces productions éminemment populaires se négocient maintenant à prix d’or…


¹ Curieusement, cette affiche est réalisée à partir d’une photo en N&B et tirée en offset. Cela ne se reproduira plus dans la carrière du graphiste, qui devait toujours utiliser par la suite le dessin et la couleur.

Sources : Prensa Latina et La Esquina de Carmita.

Photo à la Une : Cuba, affiche de Eduardo Muñoz Bachs, 1979. Droits réservés.


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