Habana Vieja : San Isidro est-il le prochain SoHo ?

Malgré ses nombreuses églises, le quartier de San Isidro, dans Habana Vieja, était une des « zones de tolérance » les plus réputées de la capitale, pendant la première moitié du XXe siècle. Tolérance étant ici un euphémisme pour évoquer la prostitution…

Comme beaucoup de quartiers portuaires, il a une longue histoire de marins et de traite des humain.es… Mais avec le temps et la Revolución, les bars borgnes et bordels de la zone ont cédé le pas à des centaines puis des milliers de logements, jusqu’à faire de San Isidro (immortalisé dans un clip de Krudas) l’un des quartiers les plus peuplés de La Havane. Et ça dure encore aujourd’hui, avec les trafics et la misère qui vont avec.

San Isidro 1014, le célèbre ventilateur soviétique, clip En el Solar, 2016.
Une boulangerie d’Etat vue de l’intérieur dans Habana Vieja, décembre 2017.

Dans ce contexte plutôt déprimant, la Galería Taller Gorría (GTG pour les intimes) surgit en septembre 2016 dans les locaux d’une ancienne boulangerie semi-industrielle qui avait fourni en petits panes de la libreta jusqu’à 7 000 personnes.

Elle a pour voisin d’en face un solar qui accueille actuellement des familles délogées par les ouragans, et un square pelé où trône néanmoins une magnifique ceiba à l’ombre bienfaisante.

La galerie expose un choix parfois audacieux d’artistes cubains contemporains et branchés, repérés ou émergents. Mais comme tous les lieux de culture installés dans le quartier avec la bénédiction de l’Historiador de La Habana, le projet GTG comprend un important volet socio-culturel, destiné aux habitants des rues avoisinantes.

Les visiteurs internationaux ne le voient pas forcément lorsqu’ils viennent boire un coup avec la farándula de la capitale lors des vernissages ! Et en termes de farándula, il y a de quoi faire puisque la galerie est une initiative du fameux acteur Jorge Perugorría, qui en a confié la gestion à son jeune fils Adán, membre par ailleurs du groupe musical Nube Roja.

San Isidro n’était pas prioritaire dans le projet de restauration de l’Oficina del Historiador de La Habana, en raison de son éloignement du centre historique et et l’absence de monuments remarquables. Dès lors, le plan serait plutôt d’attirer les artistes pour qu’ils y installent leurs studios et fassent de ce petit coin ingrat le nouveau SoHo des Caraïbes, avec un accent mis sur le street art.

Galeria Taller Gorria sur le mur d’en face, calle Ssan Isidro : œuvres éphémères de 2+2=5 et Mauro Coca, entre autres.

Le rêve d’Adan serait que les visiteurs découvrent l’art contemporain en se promenant dans ces rues aux maisons basses. Avec Jorge, ils prévoient de construire un théâtre et une bibliothèque, entre autres équipements destinés à changer durablement l’ambiance du quartier.

Et…  le modèle économique de la culture entièrement prise en charge par l’État est « réactualisé » au passage. Pour commencer, père et fils¹ construisent un resto et un hôtel dans la partie supérieure de la galerie. Le concept de boutique-hôtel dont les chambres sont décorées par des artistes atteint la capitale cubaine !

Le quartier entre dans une nouvelle ère, on souhaite bonne chance à Adán, et surtout aux habitant.es de San Isidro !


¹ Ce phénomène de « dynasties » cubaines (Cristina Vives au Studio Figueroa-Vives, Adán à GTG…) serait intéressant à traiter car on voit tout de même beaucoup de projets menés par des « fils ou filles de », ce qui, sans remettre en question leurs qualités propres, semble un peu en porte-à-faux avec la doctrine révolutionnaire d’égalité des chances.

Cet article est très largement inspiré d’un article de Félix M. González Pérez Actually I’m creating an art district in Old Havana sur le site Clandestina. Gracias !

Image à la Une : Galeria Taller Gorria dans le quartier San Isidro, exposition de Juan Miguel Pozo (un Cubain de Berlin) en octobre 2016.

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