Francis Alys, Relato de una Negociacion. Droits réservés.

Francis Alÿs : marcher raconter négocier

Relato de una negociación de Francis Alÿs : parmi la profusion d’expositions à voir en ce moment à La Havane, celle-ci fait événement. Quel titre étrange : récit ? négociation ? entre peinture et action ? entre politique et poétique ? ou création comme longue suite de compromis avec soi-même ?

Relato de una negociación, élaborée par le curateur mexicain Cuauhtémoc Medina, regroupe trois projets du belgo-mexicain Francis Alÿs¹ :  Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River (2008), Tornado (2000-2010) et Reel-Unreel (2011) réalisés respectivement à Cuba et aux États-Unis, au Mexique et en Afghanistan.

Pour Francis Alÿs, artiste baladeur, (r)amener Relato de una negociación à Cuba revêt une grande importance car c’est l’occasion d’y montrer pour la première fois Puente. Cayo Hueso- Key West (2006). Une œuvre dans laquelle des pêcheurs et patrons de bateaux des deux bords du Détroit de Floride (comme métaphore de la Guerre Froide caribéenne) ont formé un pont avec leurs navires, suggérant la possibilité  d’aller de La Havane à Key West en marchant. Marcher, marcher : c’est l’ action qui parcourt toute l’œuvre de l’artiste.

Mais une précision s’impose : sur chaque rive, on ignorait forcément ce qui se passait en face. En 2006, un certain niveau de secret voire de conspiration était nécessaire… Mais aujourd’hui Alÿs souhaite parler et raconter toute l’histoire de la réalisation de cette performance prémonitoire.

Vous pouvez voir le making of sur le site de l’artiste et pour le plaisir, une captation de sa performance Zapatos Magneticos réalisée lors de la Biennale de La Havane en 1994 :

Zapatos Magnéticos, Habana Cuba 1994. ©© Francis Alÿs. Vidéo provenant du site francisalys.com, licence creative commons.

Francis Alÿs y avale le bitume (quand il en reste) d’un pas souple tandis que ses chaussures se chargent de débris métalliques parfois insoupçonnables à l’œil nu. On a sûrement écrit plein de choses intelligentes sur cette performance, mais moi elle me touche particulièrement parce qu’elle me fait penser à Eva, ma grand-mère qui m’apprenait à dessiner et qui disait « Regarde : même quand il n’y a rien, ton imagination va te faire voir quelque chose ».

Relato de una negociación est à voir du 8 avril au 12 septembre au Museo Nacional de Bellas Artes, tous les détails sont là.


¹ Francis Alÿs naît en 1959 à Anvers. Il suit une formation d’architecte de 1978 à 1986 et en 1987 il est coopérant au Mexique sur un projet pour secourir la ville de Mexico, détruite par un tremblement de terre. Il s’y établit. Dès lors, ses créations trouvent leur source dans ses promenades à travers la ville, faisant de la marche une discipline artistique.

Son œuvre : performances, vidéos, dessins, peintures et sculptures, se développe ensuite sur tous les continents. Il décrit son travail en tant qu’artiste comme politique, au sens grec du terme, la polis : la ville comme un lieu de sentiments et de conflits. Avec des actions simples (mais parfois d’envergure, impliquant de très nombreux participants), détachées mais signifiantes, il étudie l’influence de l’art sur la vie dans la ville.

Malgré ce concept modeste en apparence, il est classé par le magazine Newsweek parmi les 10 artistes les plus importants au monde en 2011.

Francis Alÿs, A veces el hacer algo no lleva a nada (parfois faire quelque chose ne mène à rien), 1997. Capture d'écran, vidéo de la performance, droits réservés.
Francis Alÿs, A veces el hacer algo no lleva a nada (parfois faire quelque chose ne mène à rien), 1997. Capture d’écran, vidéo de la performance, droits réservés.

Puente. Cayo Hueso – Key West : une œuvre de Francis Alÿs en collaboration avec Elena Pardo, Julien Devaux, Rafael Ortega, Felix Blume, Emilio Rivera, Raul Ortega et Daniel Toxqui.

Photo à la Une : Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River. Droits réservés.

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