Des taxis, des travestis et un curé révolutionnaire

Depuis l’été 2016 le parque El Curita, plaque tournante des taxis à deux pas du Capitole, est en crise. Trop de monde, trop d’attente… il arrive que le ton monte.

À l’angle de Galiano et Bolivar, départs pour Alamar. Un peu plus loin, c’est la piquera pour Diez de Octubre et El Cerro… Les files d’attente de font et se défont au fil des heures, en une chorégraphie en apparence informelle mais très organisée.

Les chauffeurs ont conservé l’habitude de garder leur liasse de billets roulée dans la main droite, pendant qu’ils conduisent. Et ils ne s’embarrassent pas de politesse. C’est que leur marge est mince, entre les pièces de rechange toujours plus rares, l’augmentation du combustible et les nouvelles mesures de contrôle.

Un conducteur attend que son taxi customisé se remplisse. Auteur inconnu, droits réservés.

À l’intérieur des véhicules, cependant, leur imagination conserve le pouvoir : un seul essuie-glaces mais 10 places assises (3 devant, 3 derrière et 4 sur les banquette aménagées dans le coffre), des portes qui ne s’ouvrent que de l’extérieur mais un sound system digne du Berghain… Plus rien n’étonne après quelques courses.

La vraie question, c’est pourquoi tant de monde sur cette place, ouverte aux quatre vents, alors que le réseau mis en place au fil de la raréfaction des autobus fonctionnait très bien¹ jusqu’alors ?

Agrandissez la carte en cliquant sur ce lien

Carte des trajets fixes des taxis particulares avant le rassemblement au Parque El Curita. Réalisée par Yisell Martinez et Lisandra Andrés pour Cubahora, merci !

Intriguée, j’ai décortiqué toute la presse disponible sur le sujet et je vous propose quelques éléments de réponse :

Le contrôle des tarifs

Depuis la crise du pétrole vénézuélien, les conducteurs privés ont essayé d’augmenter leurs tarifs. Réaction immédiate du Consejo de la Administración Provincial de La Habana : une surveillance accrue de cette activité qui, certes privée, tient lieu de service public (une spécialité cubaine).

Les propriétaires de taxis particulares sont donc priés de se conformer aux tarifs officiels. Mais… comment contrôler toutes les piqueras du quartier, sauf à les regrouper au même endroit ? Nous y voilà. Au passage je note que les inspections ne portent pas sur l’état du carosse, faute de quoi…

La réfection du Capitolio

Après travaux, il est prévu que le Parlement reprenne ses quartiers au Capitolio. Pas de chance pour tous les petits métiers plus ou moins légaux qui s’étaient installés à ses pieds… Les prostitué-es du Parque de la Fraternidad voisin et les taxis épuisés qui stationnaient le long des palissades sont invités à céder la place aux almendrones 2.0 : Retapés de fond en comble et loués à prix d’or, ils ont meilleure allure sur la photo.

Alors les véhicules modestes qui transportent les Havanais tous les jours se retrouvent deux pâtés de maison plus loin au Parque El Curita. Hasard ou pas ? L’endroit vient de bénéficier de travaux de voirie, entièrement payés par la production de Fast and Furious 8.

Des courses poursuites dans les rues de La Havane, vous en rêviez ? Hollywood l’a fait ! L’épisode a suscité la réflexion suivante de la part d’un passant anonyme :


« Viene el Pápa, viene Obama, ahora Vin Diesel y entonces arreglan algo de lo que nunca antes se acordaron. Siempre estamos esperando que nos traigan el remedio de afuera”. (Que viennent le pape, Obama ou Vin Diesel, et alors on répare quelque chose qu’on avait complètement oublié. Nous on attend toujours que le remède arrive de l’extérieur.)


Drôle de destin…

… pour cette modeste place de Centro Habana, dont le premier nom était El Vapor. Elle a été rebaptisée après la Révolución en l’honneur de Sergio Gonzalez, qui dans les années 50 avait délaissé le séminaire pour se marier et se consacrer à la lutte armée contre le régime de Batista.

Celui que l’on surnommait affectueusement El Curita dirigeait des opérations périlleuses depuis la petite imprimerie familiale située sur cette place. Emprisonné, évadé, repris et finalement assassiné… Il était l’un des nombreux combatientes del Llano qui ont joué un rôle au moins aussi important dans la Revolución que ceux de la Sierra, sans toutefois accéder à la même célébrité internationale.

El Curita, timbre de 1958, propriétaire José Ignacio Ruiz, autorisation de reproduction en cours.

Et… les travestis me direz-vous ? C’est qu’à la nuit tombée, le Parque se peuple de créatures sublimes aux longues jambes et à la voix rauque. Une tradition bien ancrée qui n’est perturbée ni par les tournages hollywoodiens ni par les directives de la voirie.
Seulement par quelques descentes de police occasionnelles…


Photo à la Une : départ pour Alamar. Notez l’unique essuie-glaces qui nous mènera sans encombre sous une pluie battante…

¹ Les taxis pour Alamar se prenaient, logiquement, sur le Prado et ceux pour Regla du côté du Parque de la Fraternidad. Le Ciclobus, qui permet de passer le tunnel de La Havane en embarquant son deux-roues, partait déjà du Parque El Curita.

Voir l’article Imponen precios topados a taxistas privados en La Habana dans Marti Noticias

Voir le très bel article, avec portraits de chauffeurs de taxi : Boteros de La Habana dans Cubahora

Voir ¿ Por que El Curita ? sur le site Habanaradio.


2 réflexions sur « Des taxis, des travestis et un curé révolutionnaire »

  1. Bonsoir,

    Nous sommes en train d’affiner notre circuit a Cuba pour le mois de Mai.

    Nous serons 4 adultes avec bagages nous cherchons chauffeur Francophone et une voiture climatisée

    Vous serait il possible de nous faire un devis pour la circuit suivant:

    -Le 30 Avril au matin au départ la Havane vers de Pina Del Rio vinales
    -Le 3 mai de Zapata vers Cienfuegos.
    -Le 5 mai de Cienfuegos vers Trinidal
    -Le 7 mai de Trinidal vers Santa Clara
    -Le 9 mai Santa Clara vers Varadero

    Restant a l écoute de vos conseils
    Je vous souhaite une bonne journée.

    Frédérique

  2. Bonjour,
    Ce site n’est pas du tout affilié à une agence de voyages.
    Vous en trouverez facilement sur internet, mais personnellement j’ai toujours voyagé sans agence, à part la première fois avec Cuba Linda. Bon voyage !

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