architecture

Quelques mots pour saisir La Havane

La Habana, hôtel Vedado (Victoria) 1963
La Habana, hôtel Vedado (Victoria) 1963

Dans les années 50, la capitale – cosmopolite et blanche – vivait un boom moderniste qui profitait aux classes moyennes exclusivement tandis que de richissimes propriétaires chouchoutaient leurs demeures coloniales. La Révolution a bouleversé la donne en attribuant des usages¹ plus démocratiques à bien des bâtiments remarquables, qu’ils soient coloniaux, classiques, art déco ou flambant neufs comme l’hôtel Hilton.

La Habana, torres del Vedado 2015
La Habana, torres del Vedado 2015

Avec le temps et le manque de Moyens  des altérations se sont produites,  à l’intérieur des bâtiments et dans l’espace public. Elles sont devenues criantes avec la crise économique des années 90 et l’effacement d’un projet urbanistique cohérent. Les altérations devenues dégradations se sont généralisées  et sont souvent irréparables.

Les investissements étrangers (limités aux infrastructures hôtelières) se sont concentrés sur la frange côtière à l’ouest  tandis que le centre ville continuait de se détériorer malgré les efforts de l’État pour réhabiliter dans l’urgence les beaux bâtiments coloniaux et le Malecon.

La Habana, Miramar, gloire déchue 2010
La Habana, Miramar, gloire déchue 2010

Sur le plan du logement individuel, chacun fait ce qu’il peut. Les macetas ont commencé à imposer leurs goûts et coutumes en grande partie inspirés de Hialeah ou Miami : entrées surdécorées de tuiles et portails de cèdre verni signalent à la vue de tous leur nouveau statut. Hybridations et mutations s’imposent, mais toujours à l’échelle individuelle, sans plan général.

Les périphéries et zones intersticielles se couvrent de llega y pon et le centre ville se ruralise : un bananier dans le patio, des poules sur le toit et parfois un potager sur le site d’un immeuble disparu…

La Habana, solution individuelle 2013 (toujours debout en janvier 2015)
La Habana, solution individuelle 2013 (toujours debout en janvier 2015)

Aujourd’hui, sur le plan architectural, on a sous les yeux une ville sublime et duelle : La Havane cosmopolite et blanche (touristes, résidents étrangers, entreprises mixtes et hauts fonctionnaires) avec ses shopping centers, édifices magnifiquement réhabilités et voitures neuves, bien distincte de La Havane des citoyens ordinaires, où prédominent les immigrés de l’intérieur et où tant d’immeubles s’effondrent après chaque orage²…

ABCDE mini lexique

Alamar

Viñales, "tres plantas" des années 70 en 2014
Viñales, « tres plantas » des années 70 en 2014

Alamar, Habana del Este, est l’exemple le plus connu mais il existe de ces quartiers dans de nombreuses villes : Au début des années 70, concerné par le manque criant de logements pour les ouvriers, le gouvernement eut l’idée de faire construire des quartiers de petits immeubles (tres plantas) par leurs futurs habitants, réunis en microbrigades. Mais le béton vieillit mal sous les tropiques…

Barbacoa

La Habana, Prado, barbacoas en edificios coloniales 2010
La Habana, Prado, barbacoas en edificios coloniales 2010

Prenez un bel appartement colonial avec 5 m de hauteur sous plafond et une profonde loggia donnant sur le boulevard. 50 ans plus tard, crise du logement oblige, il sera divisé en 2 dans le sens de la longueur ET de la hauteur et la loggia sera maçonnée pour gagner une pièce. Bonjour le barbacoa, adieu la délicieuse ventilation naturelle et attention à la surcharge sur les structures du bâtiment. Sans compter les conditions de vie plus qu’ingrates…

Colonial

La Habana, Plaza Vieja 2010
La Habana, Plaza Vieja 2010

Bien entretenus, ces bâtiments aux proportions invraisemblables sont sublimes. Habités par de simples citoyens, ils ont un charme nostalgique qui ne va pas tarder à être pillé par les nouveaux conquérants. Laissés à l’abandon, ils sont le cadre de vie misérable de beaucoup de cubains. Dans Habana Vieja, vous voyez les trois cas de figure côte à côte.

Derrumbe

La Habana centro, effondrement en cours 2014
La Habana centro, effondrement en cours 2014

C’est un phénomène dont on ne parle pas beaucoup dans les journaux mais tous les jours des immeubles s’effondrent dans la capitale et sans doute aussi ailleurs. Faute de moyens les habitants tentent de se maintenir dans des habitations insalubres jusqu’à la dernière extrémité et ce dans tous les quartiers, pas seulement dans Centro Habana, la partie la plus surpeuplée de la capitale…

Eusebio Leal Spengler

La Habana, convento de Santa Clara, siège du bureau de conservation et restauration du patrimoine
La Habana, convento de Santa Clara, siège du bureau de conservation et restauration du patrimoine

Cet homme d’immense culture dirige de main de maître la restauration du centre historique et dessine La Havane de demain via l’Officina del Historiador de la Ciudad. Comme beaucoup d’entreprises d’État, il génère ses propres ressources au travers de son réseau d’hôtels, restaurants et boutiques siglés Habaguanex. Consommer dans La Habana Vieja c’est participer à sa restauration !

Documentation

La Habana, Colegio de Arquitectos - Infanta esquina Humboldt, photo droits réservés
La Habana, Colegio de Arquitectos – Infanta esquina Humboldt, photo droits réservés

En cherchant des infos pour cette page, je suis tombée sur le site Arquitectura Cuba qui depuis 2008 documente brillamment le sujet. En espagnol certes, mais les images parlent d’elles mêmes. Merci à l’auteur ! Ci-dessous quelques pages qui vous éclaireront sur les bâtiments que vous allez certainement croiser lors de vos balades en ville.

Un super plan sur le site arquitecturacuba.com !
Un super plan sur le site arquitecturacuba.com !

Grandes arcos de La Habana : en bas de page cliquez sur le plan pour voir l’emplacement des édifices remarquables construits au XXe siècle. Une mine !

La Habana, mosaïque d'Amelia Peláez sur les trottoirs de la Rampa
La Habana, mosaïque d’Amelia Peláez sur les trottoirs de la Rampa

Les mosaïques de la Rampa

Casa de la Amistad, histoire d’amour et architecture éclectique

Edificio Focsa voir aussi la page F comme Focsa, Fabrica

Edificio Someillán, 1957 l’article a été écrit avant que ce bâtiment ne devienne la résidence officielle des employés de l’ambassade des Etats-Unis…

Expression Art Déco à la Casa de las Americas

Edificio Giron, Malecon y F

Message du Corbusier aux architectes cubains, 1963
Message du Corbusier aux architectes cubains, 1963

Le Corbusier et Cuba, 1963

Réhabilitation : avant / après

Las Escuelas Nacionales de Arte

Restaurante Las Ruinas en el Parque Lenin et son vitrail de René Portocarrero

Heurs et malheurs des hôtels du bord de mer

Plus modestement, voici les liens vers les articles et pages traitant du sujet sur ce site (d’autres articles traiteront des autres villes qui ont chacune leur identité architecturale) :

Architectes cubains de par le monde…
Des bienfaits du cuentapropismo en deux images
F comme Focsa, Fabrica


¹voir Havana resymbolyzed par Studio Basel

²Ce texte est très largement inspiré de : Mario Coyula Cowley (La Habana, 1935) : Conferencia de apertura en el Coloquio Nacional por la Arquitectura Cubana, 10 de septiembre de 2009.

 

 

2 réflexions sur “ architecture ”

  1. Gracias a Usted ! Vuestro sitio me da ganas de volver ahorita a La Habana !

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