Cuba entre les pages

C’est l’été, on a enfin le temps de lire, mais où trouver de la littérature cubaine contemporaine ?

À la création de ce site j’avais bricolé une page littérature avec ce que j’avais sous la main, ma petite bibliothèque personnelle de bons et grands écrivains, le seul critère discriminant étant : traduit en français.

Ce qui fait déjà une belle foule de gens de lettres… Mais il y manquait la jeune génération, celle qui affleure entre blogs, publications numériques, revues underground et début de reconnaissance dans ou hors de l’Île (et parfois les deux).

Bingo : je repère un bouquin au titre hilarant en plein dans le mille : Malditos Bastardos : Diez narradores que no son Pedro Juan Gutierrez, ni Zoe Valdes, ni Leonardo Padura ni mais voilà c’est sorti en Espagne donc en espagnol…

Bingo bis, les éditions Hoëbeke ont édité récemment une anthologie regroupant 11 jeunes auteurs cubains sous le titre Cuba année zéro, un peu moins percutant que la version anglaise Cuba in Splinters (Cuba en éclats).

Version espagnole, française ou anglaise, c’est toujours Orlando Luis Pardo Lazo, écrivain lui-même, qui s’est chargé du choix des textes et ça déménage : 11 auteurs nés entre 1971 et 1984, autant de voix singulières, féminines ou masculines, pour écrire Cuba de l’intérieur, à travers des personnages de surhommes, zombies, ou plus prosaïquement jeunes intellectuels surdiplômés au regard de la vie qui les attend… Le sexe est cru, la désillusion est grande et plusieurs de ces auteurs sont en délicatesse chronique ou définitive avec le gouvernement…


Les pierres du mur de Berlin sont aujourd’hui des presse-papiers dans des bureaux. Le sang héroïque est devenu stérile, ou mieux encore provoque l’indigestion de vice-ministres qui mangent de la langouste et boivent de la bière Bucanero Max.
Polina MartÍnez Shviétsova, Schize (Décalogue pour l’année zéro), traduit par François Gaudry, Hoëbeke 2016.


Bim Bom Historias de lucha, Arturo Infante & Renier Quer. Diabolo Ediciones 2015. Droits réservés.
Bim Bom Historias de lucha, Arturo Infante, Renier Quer. Diabolo Ediciones. Droits réservés.

Autre genre, j’ai récupéré à Madrid un exemplaire de la première « novela gráfica » cubaine : Bim Bom, historias de lucha. Arturo Infante et Renier Quer ont uni leurs talents pour cette plongée dans l’univers très noir des prostitués de La Havane. Fleurs bleues s’abstenir.

Plus soft tout en étant légèrement acerbe : En fugue, un roman récent de William Navarrete. Une mère et son fils fuguent sans cesse : s’éloigner du mari, du machisme léninisme, de la famille, quitter Holguin pour La Havane, et enfin quitter Cuba définitivement…


Et pourtant… une petite voix à peine audible me conseille de regarder le paysage. « Tu es sur le point de quitter la seule chose qui t’appartienne vraiment, me dit-elle, le seul lieu au monde que tu pourras revendiquer comme tien, celui de tes premiers pas, l’espace vital où tu as appris tes premiers mots, où tu as entendu les premières voix (…) un endroit qui, à compter de cet instant, ne t’appartiendra plus parce que tu l’as trahi en l’abandonnant, tu n’as pas su le défendre comme tu l’aurais dû. » Cette même petite voix impertinente qui s’obstine à me faire monter les larmes quand je contemple la campagne verdoyante au-delà des hangars de l’aéroport. Désormais, nous sommes des citoyens de l’air.
William Navarrete, En Fugue, traduit par Marianne Millon, Stock 2015.


Au chapitre aéroport, si vous vous apprêtez à prendre l’avion pour votre premier séjour à Cuba je vous conseille de glisser dans votre poche deux volumes à peine plus grands qu’un passeport mais bourrés d’infos bien utiles :

Le dictionnaire permet d’enrichir le vocabulaire de 5 mots cigare-mojito-playa-salsa-viñales aimablement fourni par la plupart des guides. Apagones, Boniatillo, Casino, Domino, Elián ? Voilà des éléments de langage pour approcher un quotidien plus savoureux et moins stéréotypé !

Le petit texte de la journaliste Marie Herbet se présente comme un décodeur : musique, religion, cuisine, cubanité… sont finement observés et restitués.

Et pour la fin je me suis gardé un (déjà) classique : le dernier opus de Leonardo Padura. Ce qui désirait arriver est un recueil de nouvelles où court le souvenir de la guerre d’Angola. Je ne l’ai pas encore lu.

Mais Padura nous ayant plutôt habitués aux pavés de 400 pages minimum, l’idée découvrir sa prose par petites touches me plaît bien. D’ailleurs je vous quitte, je vais me trouver une chaise longue pour lire à l’ombre…


4 réflexions sur « Cuba entre les pages »

  1. Pour info, j’ai acheté 2 exemplaires de Bim Bom en écrivant à diabolotienda@gmail.com
    Un pour moi et un pour donner en cadeau à Cuba. Fleurs bleues s’abstenir, en effet mais chapeau bas aux auteurs qui ont su traduire à la perfection la réalité de la prostitution masculine à Cuba.
    Je me réjouis de lire tous les autres! Merci pour cet article.

  2. Merci pour votre commentaire ! Bim Bom se trouve en effet sur internet. Mais comme je passais à Madrid…
    Bonjour la tête du libraire lorsque je lui ai demandé Bim Bom !
    Bonnes lectures pour la suite (je vous précise que si vous connaissez déjà l’île, le bouquin « Cuba, la révolution transgressée » est un peu light… c’est plutôt une bonne intro pour ceux qui veulent se lancer dans l’inconnu).

  3. Pour aller avec la tristesse qu’engendre Bim Bom, cet extrait du blogue havanatimes :
    « La graine de violence et du crime organisé a déjà été plantée à Cuba. Non seulement ici, à l’intérieur du pays où les vols et le trafic ont lieu; c’est bien pire dans la capitale et dans les grandes villes. Dans certains quartiers urbains, un commerce émergent de la drogue est en croissance : ce n’est plus limité et sporadique comme il y a quelques années. » – « Something that’s Happening in Cuba and Merits Thought » – havanatimes.org, 17.08.16

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