Clara Porset, retour en grâce…

À la faveur de la première Biennale de Design, La Havane redécouvre Clara Porset, designer peu connue aujourd’hui sur l’Île. Elle a pourtant transformé l’environnement de ses compatriotes et laissé sa trace dans bien des lieux publics !

Clara María del Carmen Magdalena Porset y Dumás est née à Matanzas à la fin du XIXe siècle. Fin de parcours à Mexico en 1981 après un périple qui l’avait menée de Paris aux États-Unis et retour dans le Cuba des années 60.

Elle fait ses études à Columbia University et à la Sorbonne : jusque là rien d’exceptionnel pour cette fille de la classe bourgeoise éclairée. Sauf le talent, une conscience sociale aigüe et l’Histoire avec un grand H qui va croiser sa trajectoire.

Clara Porset, dessin pour des meubles économiques. Photo MOMA. Droits réservés.
Clara Porset, dessin pour des meubles économiques. Photo MOMA. Droits réservés.

Europe, États-Unis, Mexique…

Fin des années 20 : elle rencontre Walter Gropius, découvre le Bauhaus et le dessin industriel, notion totalement nouvelle alors. De retour à Cuba elle écrit dans des revues sur le thème de l’identité visuelle de l’époque : typographie, façades de cinéma, affiches…

Le régime de Machado n’étant pas spécialement propice à l’innovation sociale, elle choisit de s’éloigner et passe un moment au Black Mountain College (Caroline du Nord) où elle approfondit ses études de design avec Josef Albers. C’est à ce moment qu’elle développe la notion d’adaptation du mobilier au climat tropical.

Puis elle gagne le Mexique où elle découvre la qualité des objets et meubles artisanaux, porteurs de qualités fonctionnelles et esthétiques. Au passage, elle rencontre Diego Rivera et Frida Kahlo puis épouse Xavier Guerrero, artiste muraliste et militant.

Tout est raconté avec force détails dans la vidéo ci-dessous, produite par l’UNAM (Universidad Autónoma de México) :

Au Mexique, elle observe les meubles traditionnels à l’assise tissée, notamment le butaque yucateco, un fauteuil à bascule au dessin parfait. Dans ses créations, elle fera désormais le lien entre les meubles coloniaux cubains ou mexicains et les nouvelles possibilités de production industrielle.

Clara Porset, le fameux fauteuil inspiré du butaque yucateco, 1950. Photo revistacodigo.com. Droits réservés.
Clara Porset, le fameux fauteuil inspiré du butaque yucateco, 1950. Photo revistacodigo.com. Droits réservés.

Retour à La Havane

Le temps passe, Cuba change. Elle y atterrit en 1960 et se met tout de suite au travail, recevant des commandes du ministre de l’Industrie, un certain Che Guevara.  On doit à Clara Porset le mobilier de l’escuela Camilo Cienfuegos (premier centre de formation des enseignants dans la Sierra Maestra) et de l’Escuela Nacional de Arte (devenue depuis ISA) dont on connaît l’histoire tumultueuse. Voir à ce sujet L’école qui danse en solo.


Marrant comme dans les très nombreux articles sur l’ISA, ensemble architectural exceptionnel, on ne cite jamais Clara Porset. Moi qui me croyais bien informée sur ce sujet qui me passionne, je n’avais jamais entendu parler d’elle…


C’était la brève période où l’idéal politique de la Révolution allait de pair avec les avant-gardes et le nouveau visage du quotidien qu’elles proposaient… l’art rendait la vie plus belle que l’art¹ et Clara Porset projetait de créer une école de design industriel. Elle souhaitait contribuer à la mise en chantier du programme – urgent – de construction de logements.

Las, le projet ne se concrétisa pas et Clara retourna au Mexique. Son école, elle la fonda à Mexico où aujourd’hui, la bibliothèque de la fac d’archi porte son nom et conserve ses archives. Avant de mourir – sans avoir pu revoir son pays – elle avait prévu une dotation financière pour offrir une bourse d’études aux meilleures étudiantes en design…

Clara Porset au Mexique Photo Elizabeth Timberman, Archives of American Art, Smithsonian Institution, Esther McCoy Papers. Droits réservés.
Clara Porset au Mexique Photo Elizabeth Timberman, Archives of American Art, Smithsonian Institution, Esther McCoy Papers. Droits réservés.

Dorénavant je regarderai d’un autre œil les meubles des appartements dans lesquels je suis logée à Cuba. Ces fauteuils à bascule, ces salons de jardin… Ils sont peut-être dus à cette créatrice ou à d’autres qui restent à (re)découvrir !

En attendant, Clara Porset…el eterno retorno se visite dans les beaux espaces de Factoria Habana.


¹ « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art  » Robert Filliou

Voir une magnifique galerie de photos dans l’article Clara Porset’s Tropical Modernism sur le site core77.

Sources : interview de Jorge R. Bermúdez (chercheur cubain et auteur d’un livre sur Clara Porset, paru à Cuba en 1995) dans Cuba redescubre a Clara Porset dans Cuban Art News et Diseñadores : Clara Porset dans Cuba Material.

Photo à la Une : Clara Porset, meubles d’extérieur. Acapulco, 1952. Droits réservés.

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