Cinéma : Enriqueta et Yuli vont au Festival

Enrique est médecin à Baracoa. Nous sommes au début du XIXe siècle et la bonne société va bientôt découvrir qu’Enrique est en fait Enriqueta. L’histoire retiendra le scandale de la transgression, pas le fait qu’elle était la première femme à exercer la médecine dans ces contrées éloignées…

Fernando Pérez raconte son histoire dans Insumisas¹, tourné dans les environs de La Havane avec Sylvie Testud. Il n’est pas insignifiant de noter que les vagues filmées dans Insumisas sont celles, puissantes, de l’ouragan Irma. À l’image de la profondeur des états d’âme qui agitent les protagonistes…

Yuli vit dans les faubourgs de la capitale, il rêve de foot et de hip hop mais son père l’inscrit à l’école de ballet. On connaît la suite : le charismatique et talentueux Carlos Acosta a mené une carrière exceptionnelle au Royal Ballet de Londres, puis il est revenu à La Havane où il dirige sa propre compagnie.

Un tel scénario ne pouvait que séduire le monde du 7e art. La réalisatrice Icíar Bollaín vient de signer le film² (d’après l’autobiographie No way home) dans lequel Carlos apparaît successivement en petit garçon rétif anti Billy Eliott, en jeune danseur encore inconscient de son talent et enfin en homme mûr soucieux de partager sa chance.

Ciné cubain contemporain

Enriqueta et Yuli figurent parmi les héros les plus attendus du 40e Festival Internacional del Nuevo Ciné Latinoamericano qui démarre ce 6 décembre à La Havane. Mais ils ne sont pas les seuls ! Parmi les films de fiction cubains, vous avez le choix :

Cerdo de Yunior García Aguilera (2018). Pedro a 10 ans, sa mère ne veut pas qu’il connaisse son père, qu’elle traite de cerdo (porc).  Ce porc est interprété par Jorge Perugorría…

El viaje extraordinario de Celeste García de Arturo Infante (Alemagne-Cuba, 2018). Celeste a 60 ans et vit à La Havane. Lorsqu’un jour des extraterrestres l’invitent sur leur planète…

Inocencia de Alejandro Gil Álvarez  (2018). L’action héroïque, en 1871, de quelques étudiants en médecine qui furent embarqués dans l’un des événements les plus tragiques du XIXe siècle à Cuba.

Nido de mantis de Arturo Sotto Díaz (Cuba – Mexique – Republique Dominicaine, 2018). Lorsqu’un triangle amoureux dure depuis plus de quarante ans, il traverse toute l’histoire contemporaine de Cuba…

Rodrigo Santoro dans Un Traductor de Rodrigo et Sebastián Barriuso. Capture d’écran, droits réservés.

Un traductor de Rodrigo et Sebastian Barriuso Gonzalez Mora, (Canada-Cuba, 2018). Malin, prof de russe à La Havane, se retrouve traducteur pour les « enfants de Tchernobyl » qui viennent se refaire une santé sur l’île amie…

Un 40e festival

Visuel du 40e Festival Internacional del Nuevo Ciné Latinoamericano de La Havane

Le gala d’ouverture se tiendra au Karl Marx de Miramar avec toute l’équipe de Yuli. Ensuite se succèderont des centaines de films de toutes catégories, prenant d’assaut les salles obscures de La Havane.

J’attire votre attention sur quelques documentaires, sur d’autres héros du quotidien confrontés à la violence sociale contemporaine :

La Música de las Esferas de Marcel Beltran (Cuba – États-Unis, 2017) : une lettre d’amour à ses parents Mauricio et Regina, des cubains ordinaires qui ont su imposer leur amour malgré la pression sociale.
Too Beautiful. Our right to fight de Maceo Frost (Pays-Bas, 2018). L’odyssée de Namibia Flores Rodríguez qui se bat depuis 20 ans pour le droit à exercer son sport au plus haut niveau. Mais à Cuba, la boxe semble réservée aux hommes…
O Processo de Maria Augusta Ramos (Allemagne – Pays-Bas – Brésil, 2018). La crise politique qui secoue le Brésil depuis 2013, filmée essentiellement depuis le Congreso Nacional, jusqu’à la destitution de Dilma Rousseff.

D’ailleurs le Brésil est très présent dans cette 40e édition du festival, de même que le Mexique, aux côtés d’autres pays d’Amérique Latine et des Caraïbes. Tout un monde à découvrir depuis La Havane !

Mode d’emploi

La foule, déjà, pour le 15e Festival de ciné de La Havane. Vous reconnaissez le carrefour ? Image d’archives, droits réservés.

Les pasaportes sont en vente dans les cinés de la capitale. Bien utiles pour cette manifestation connue pour ses files d’attente interminables sur la Rampa…  Si vous pouvez vous en procurer un, tant mieux. Sinon téléchargez cette carte aimablement fournie par le festival + l’appli Festival DCiné (disponible uniquement sur Androïd) et bonne ballade cinématographique !


¹ Insumisas (2017)
Une coproduction Suisse – Cuba ICAIC
Scénario et réalisation Laura Cazador et Fernando Pérez
Direction de la photographie Raúl Pérez Ureta
Avec Sylvie Testud, Yeni Soria, Mario Guerra, Héctor Noas, Giselle González, Corina Mestre…

Cette fiction inspirée de fait réels vient après la pièce Escándalo en La Trapa de José Ramón Brene et le roman Mujer en traje de batalla de Antonio Benítez Rojo. Insumisas est présenté dans le cadre de « Colores de la Diversidad » qui regroupe des films partageant des thématiques LGBTIQ.

² Yuli (2018)
Une coproduction Allemagne – Cuba -Espagne – Royaume Uni
Scénario Paul Laverty et réalisation Icíar Bollaín
Direction de la photographie Alex Catalán
Avec Carlos Acosta, Santiago Alfonso, Keyvin Martínez (danseur de la compagnie Acosta Danza), Edilson Manuel Olbera, Laura De La Uz, Yerlín Pérez, Mario Elías, Andrea Doimeadiós…

Sources : Producciones de la 5ta Avenida, protagonista en Festival Internacional del Nuevo Cine Latinoamericano sur le site Cubalite.

Voir enfin le site habanafestival.com pour toutes les infos dont vous pourriez avoir besoin, la liste complète des films présentés et une orgie de trailers pour celles et ceux qui, comme moi, ne pourront pas s’y rendre.

Photo à la Une : Teatro Karl Marx, Miramar, La Havane. Le gala d’ouverture du Festival del Nuevo Ciné Latinoamericano s’y tiendra cette année encore. Avec Yuli au programme !

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