Chala, une enfance cubaine. Film d'Ernesto Daranas. Photogramme de la bande annonce, droits réservés.

Chala : portrait d’une ville

La Havane est le personnage principal de ce film. Ou plutôt une certaine Havane, qui survit autour du marché Cuatro Caminos et dans les méandres de la voie de chemin de fer derrière la Estación Central…

Mais l’ado qui interprète Chala est plus que convaincant et lui vole la vedette : Il court partout et nous ouvre les portes de cet environnement qu’on voit rarement quand on visite la ville.

Pendant ce temps les adultes qui l’entourent – pas toujours avec bienveillance – se débattent dans un autre marasme : celui de la norme, à respecter absolument même quand elle est obsolète.

Chala, une enfance cubaine (El ferrocarril). Film d'Ernesto Daranas. Photogramme de la bande annonce, droits réservés.
Chala, une enfance cubaine (El ferrocarril). Film d’Ernesto Daranas. Photogramme de la bande annonce, droits réservés.

Une double lecture à laquelle le titre original Conducta invite : Conducta c’est le comportement ; Conducta ! l’injonction à bien se tenir et Centro de conducta, un internat où sont placés les enfants à problèmes. Presque l’équivalent de nos centres éducatifs fermés. Et la conducta est bien le problème central de tous les personnages !

Après la projection, on comprend mieux pourquoi ce film a été un phénomène de société lors de sa sortie à Cuba. Il recèle notamment quelques répliques fameuses qui font sourire en France mais provoquent de exposions de rire aux larmes sur l’Île : À une assistante sociale psychorigide qui lui demande si elle n’enseigne pas depuis trop longtemps, l’instit Carmela¹ répond « pas aussi longtemps que ceux au pouvoir« . Texto.

Chala, une enfance cubaine. Film d'Ernesto Daranas avec Alina Rodriguez. Photogramme de la bande annonce, droits réservés.
Chala, une enfance cubaine. Film d’Ernesto Daranas avec Alina Rodriguez. Photogramme de la bande annonce, droits réservés.

Autre transgression : celle de montrer un immigré de l’intérieur, un palestino dans le dur langage des rues de Centro Habana. Il survit dans une baraque avec son enfant, sans pouvoir l’inscrire officiellement à l’école… ce qui vous rappelle peut-être quelque chose de l’actualité Européenne ?

Chala, une enfance cubaine est sorti dans une quarantaine de salles en France. Courez-y pendant qu’il est temps !

Voir tous les articles avec le mot clé cinéma.


¹ Carmela c’est Alina Rodriguez, une comédienne très populaire à Cuba qui est malheureusement décédée peu après le tournage.

À lire aussi : L’incurie bureaucratique remplit les salles cubaines sur le blog de Paulo Paranagua.

Chala, une enfance cubaine (Conducta)
Cuba – 2015 – 108 min – SCOPE – 5.1 – VOSTF

6e Festival de Valenciennes – Grand Prix, Prix d’interprétation masculine (Armando Valdés)
Meilleur film et Meilleur Acteur (Armando Valdés) – Festival de cinéma latino-américain de La Havane
Meilleur film – Festival international de Bogota
Prix du Public – festival Filmar en America Latina, Genève
Prix du Public, Meilleure Actrice (Alina Rodríguez)
Meilleur Film, Meilleur réalisateur – Festival de Malaga
Prix du Public – Festival International du Film de Pau
Premier Prix du Public – Reflets du Cinéma Ibérique et Latino-américain, Lyon
Réalisation et scénario : Ernesto Daranas
Avec : Armando Valdés Freire, Alina Rodríguez, Yulet Cruz, Silvia Águila et le très bel Armando Miguel Gómez…
Photographie : Alejandro Pérez
Montage : Pedro Suárez
Son : Osmany Olivare
Production : Mincult, ICAIC, RTV : une production ultra officielle pour ce film qui ne mâche pas ses mots. Cuba, tu nous étonneras toujours !
Producteur exécutif : Sascha Verhey

Enregistrer

2 réflexions sur « Chala : portrait d’une ville »

  1. J’ai vu le film à Santiago avec des enfants du quartier. Ambiance particulière dans le salon: moments de fous rires puis grands silences, les enfants très concentrés. Tous ont adoré, moi aussi. Ils n’ont pas voulu donner leur impression le jour même. Un ami écrivain est venu lors d’une activité et leur a demandé s’ils avaient vu le film. Alors là, ils se sont mis à parler… Les enfants de mon quartier (c’est presque la campagne, à 15 mn de Santiago) connaissent très peu la ville. Mais ils se sont retrouvés dans les difficultés et les sentiments.
    Le film est « vrai ». Rien n’est exagéré. Une grande humanité s’en dégage. Et j’ai reconnu la ville de La Havane telle que je la connais.

  2. Merci pour votre retour. Je suis d’accord avec vous on « reconnaît » une certaine Havane, celle qui n’est pas dans les autres films…
    Et je profite de ce commentaire pour vous parler de Reinaldo Cedeño que vous citez dans un message : j’ai adapté un de ses textes pour un article sur le ciné Oriente à Santiago, mais ne suis pas arrivée à le joindre pour l’en prévenir. Si vous le voyez à Santiago, merci de lui passer le bonjour et mes remerciements !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *