Art à voir à La Havane en janvier

De l’Ambassade de Norvège à la Maison des Architectes en passant par le Museo de Bellas Artes et quelques galeries, voici une sélection d’expos à voir sans tarder pendant votre séjour à La Havane :

Las ciudades invisibles

En urgence, car l’expo se termine le 27 janvier, direction la calle Humboldt – plus connue pour ses boîtes gay – où Galleria Continua investit pour la deuxième fois les magnifiques espaces du Colegio de Arquitectos. Avec Las Ciudades Invisibles, Laura Salas Redondo réunit 11 artistes pour traiter de la ville comme métaphore de la société contemporaine.

Gros coup de cœur pour la salle qui réunit le mural de Carlos Garaicoa El Mapa del Viajero, Palabras de Piedra de Reynier Leyva Novo¹ et deux œuvres de Yoan Capote, qui dialoguent dignement avec la magnificence épurée des lieux.

UNAICC, Las Ciudades Invisibles : Reynier Leyva Novo, Palabras de Piedras et Yoan Capote, Purificacion. Au premier plan : le lampadaire monumental de la cage d’escalier.
UNAICC, Las Ciudades Invisibles : Ivan Capote, Mentiras.

Le bâtiment actuel du Colegio de arquitectos (devenu Unión Nacional de Arquitectos e Ingenieros de Cuba, UNAIC) a été construit entre 1945 et 1947 par les architectes Fernando de Zarraga et Mario Esquiroz. En dehors des périodes d’exposition, vous pouvez toujours apprécier, depuis la rue, le vestibule et son grand escalier hélicoïdal éclairé d’un lustre unique en son genre, à la gloire du néon. Pierre de Jaimanitas et marbres cubains : un luxe surprenant dans ce quartier.


La noche redimida

À quelques pas de là, l’Ambassade de Norvège et son voisin Estudio Figueroa Vives exposent plusieurs générations de photographes sous le titre La Noche Redimida.

Films, archives et photos noir & blanc à l’ambassade, séries plus contemporaines (voire olé olé) au Studio. Constantino Arias, Leandro Feal, Arien Chang… Lascives, excessives ou explosives, les nuits cubaines font rêver et vous repartez avec l’affiche de l’expo !

Estudio Figueroa Vives, La Noche Redimida, Leandro Feal, de la série Con jamon, lechuga y petipùa (2007 – 2008).
Estudio Figueroa Vives, La Noche Redimida, Arien Chang, Parrandas de Remedios (2009).

Chen Zhen

Changement de quartier et d’ambiance : Dans le Barrio Chino, Galleria Continua expose Chen Zhen. L’artiste² avait-il visité Cuba ? Sans doute pas, mais son installation résonne singulièrement ici.  Un ange passe entre les murs de l’ancien cinéma, où l’œuvre d’Anish Kapoor When I am Pregnant (1992-2016) éclaire toujours le proscenium.

N’oubliez pas de monter au balcon d’où vous aurez une vue plongeante sur les allées et venues des habitants de la calle Rayo, qui vivent une réalité moins poétique.

Galleria Continua, Chen Zhen, exposition personnelle. Au fond, Anish Kapoor, When I am Pregnant.
Galleria Continua, Chen Zhen, exposition personnelle 2017 – 2018 (vue depuis l’escalier qui mène au balcon).

La Ceiba me dijó tu

Nous allons maintenant passer un moment dans Habana Vieja, où Factoria Habana propose une triple exposition, tirant parti des 3 niveaux du bâtiment.

Sous le titre La Ceiba me dijó tu, Concha Fontenla réunit les œuvres de Belkis Ayón (Enigma espiritual), les témoignages/traces des performances de Carlos Martiel (Fragmentos de memoria) et une profusion de volumes d’Elio Rodriguez (Black gardens), dont la joyeuse turgescence contraste un max avec la gravité métaphysique des deux premiers.

Factoria Habana, Elio Rodriguez, Black Gardens (fragment) 2017.
Factoria Habana, Belkis Ayon, Enigma Spiritual.
Factoria Habana, Carlos Martiel, Fragmentos de Memoria. Photo de la performance Stampede, 2017.

Néanmoins, des liens solides les relient, au delà du temps, ne serait-ce que par leur ancrage dans la culture afro-cubaine.

Atalaya

Plus de légèreté à Galeria Taller Gorría qui propose sous le titre énigmatique Atalaya (tour de guet), un accrochage/panorama de la création contemporaine cubaine. Des œuvres pour la plupart séduisantes et hédonistes, qui composent un labyrinthe complexe dans l’espaces pourtant vaste de la galerie.

En ressortant dans la calle San Isidro, vous tomberez sur un mur de graffiti qui n’est pas là par hasard. Car la greffe culturelle travaille sérieusement son insertion dans le quartier, nettement moins glamour que les toiles exposées.

Galeria Taller Gorria, expo Atalaya, Raul Cordero, Tropical Painting I (God gave us…) 2017 et Alina Águila, 9 peldaños 2011.
Galeria Taller Gorria sur le mur d’en face, calle Ssan Isidro : œuvres éphémères de 2+2=5 et Mauro Coca, entre autres.

Palimpsesto

J’ai gardé pour la fin la précieuse installation de José Manuel Fors au Museo de Bellas Artes. Prix National des Arts Plastiques 2016, l’artiste est connu pour ses compositions virtuoses réalisées à partir de photos ou d’objets trouvés.

Ici, ce sont les archives familiales, vieux papiers, plans et certificats jaunis… qui donnent chair aux volumes accrochés aux murs ou tout simplement posés au sol, comme un grand lit où lire d’innombrables histoires. Palimpsesto suscite la curiosité pour le détail et dégage une douce nostalgie…

Museo Nacional de Bellas Artes, José Manuel Fors, Palimpsesto (vue d’ensemble) 2017.

Voilà le programme. Il y a bien sûr bien d’autres expos à voir, notamment à la Galeria Servando et à Villa Manuela, que j’ai trouvées fermées lors de mon passage. Vous aurez peut-être plus de chance. Bonnes visites !

Post scriptum

La minute féministe : je constate que sur ces 6 expos, au moins 3 sont conçues par des dames, des curatrices de grand talent. Mais les artistes femmes sont très peu nombreuses à y être présentées. Euh… on en parle ?


Las Ciudades Invisibles : 11 artistes, en référence aux 11 chapitres du livre homonyme d’Italo Calvino. Kader Attia, Abel Barroso, Francisco Bedoya, Alejandro Campins, Iván et Yoan Capote, Marcelo Cidade, Carlos Garaicoa, Zhanna Kadyrova, Reynier Leyva Novo et le vétéran Michelangelo Pistoletto. Curatrice : Laura Salas Redondo.

¹ Palabras de Piedra est composé de plaques de pierre tirées des mêmes matériaux que les façades de 10 bâtiments représentant le pouvoir politique, économique, social et symbolique de l’État cubain. L’artiste attire notre attention sur le fait qu’ils ont été construits pour d’autres usages, pendant la période républicaine, alors que la société civile détenait encore une forme de pouvoir sur les institutions. Exemple : le Tribunal Popular Provincial de La Habana qui était à l’origine le siège du Diario de La Marina.

La noche redimida : Constantino Arias, José A. Figueroa, Luis M. Fernández (Pirole), Juan Carlos Alom, Arien Chang, Leandro Feal, Damián Saínz, Roger Gutiérrez, HAPE. Curatrice : Cristina Vives.

² Chen Zhen : né en 1955 à Shanghai, il est décédé prématurément en 2000 à Paris, où il résidait et enseignait. Depuis, ses installations ne cessent de parcourir le monde.

Atalaya : Yunior Acosta, Alina Águila, Juan Carlos Alom, Lester Álvarez, Yaima Carrazana, Raúl Cordero, Arlés del Río, Leandro Feal, Diana Fonseca, Carlos Garaicoa, Flavio Garciandía, Osvaldo González, Orestes Hernández, jorge & larry, Reynier Leyva Novo, Luis E. López-Chávez, Miguel A. Machado, Yornel Martínez, Adrián Melis, Levi Orta, Víctor Piverno, Eduardo Ponjuán, Wilfredo Prieto, Adislen Reyes, Linet Sánchez, Ezequiel O. Suárez, Irving Vera.

Et sur les murs extérieurs : Luis Casas (aka myl), Mauro Coca, Fabián López 2+2=5?, Carla Peláez vuelco, Alejandro Seorek et  Leandro T. Villanueva sam 33.

En collaboration avec El Apartamento. Curatrice : Sandra Sosa.

Photo à la Une : vue d’ensemble de l’exposition photographique La Noche Redimida, Ambassade de Norvège, La Havane.

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