100 questions sur l’art cubain # 2

Quel est le type le plus sexy de l’art cubain ? Où est le diamant du Capitole ? Combien d’artistes femmes ne font pas d’art féministe militant ?… On reprend l’article de Magela Garcés où on l’avait laissé le 24 décembre dernier…

Avec un goût moins guilleret, plus amer : En effet, suite à la parution de son article dans ARTonCuba, Magela a perdu son travail dans une galerie de La Havane. Comme elle le dit elle-même : « Une telle réaction devant un simple questionnaire ? on aimerait voir ce qu’elle serait devant les réponses « …

Carlos Garaicoa, El mapa del viajero (fragment) dans l’exposition Ciudades Invisibles, Colegio de Arquitectos, La Havane 2017-2018.

Des réponses que beaucoup ont sur le bout de la langue à Cuba.
Allez, c’est reparti :

100 questions qui fâchent, saison 2 ép. 1

  • Pourquoi le tabloïd Notocias de Artecubano est-il si mauvais ?
  • Pourquoi la revue Artecubano est-elle si mauvaise ?
  • Pourquoi le blog de ARTOnCuba est-il si mauvais ?
  • Si Artecubano est l’unique édition cubaine sur les arts visuels, pourquoi (presque) aucun auteur respecté ne veut plus y publier ?
  • Pourquoi la majorité des bons auteurs sur l’art cubain n’écrivent-ils plus sur l’art cubain depuis un moment ?

Notez l’auto-dérision sous-jacente, car l’article original est publié dans ARTOnCuba justement, et que Magela compte parmi les personnes qui écrivent sur l’art cubain…

  • Qu’est-ce que l’ « art cubain » ?
  • Combien de brillants enseignants reste-t-il à la Faculté des Arts et Lettres de la UH (Université de La Havane) ?
  • Combien de brillants enseignants reste-t-il à la Faculté des Arts Visuels de l’ISA (Institut Supérieur des Arts) ?
  • Pourquoi ces facultés n’ont-elles aucune relation entre elles ?
  • À quelle fréquence les étudiants desdites facultés visitent-ils le MNBA (Museo Nacional des Bellas Artes) ?

Perso, je pense qu’il n’y a pas plus d’art cubain que de beurre en branche. Il y a des artistes cubain-es, certes, urbi et orbi, et des filiations, c’est évident. Les questions suivantes concernent précisément la transmission et elles sont posées par une personne qui est sortie récemment de la fac, c’est dire si elle a un point de vue documenté sur la question.

Tamara Campo Hernández, El Lugar Ideal (fragment) 1997.

100 questions qui fâchent, saison 2 ép. 2

  • Pour finir, le MNBA a récupéré les pièces volées ?
  • C’est vrai que ceux qui étaient impliqués font la bringue à Miami Beach ?
  • Et quid du Servando soustrait illégalement de Galeria Habana ?
  • Quelqu’un à Cuba a dû en répondre ?
  • Et cette pièce (ou fragment de pièce) volée lors de la récente expo La Noche Bocarriba à (la galerie) Acacia, qu’en est-il ?

Ah, sujet qui fâche… Si les musées et galeries n’aiment pas trop communiquer sur la disparition ou la dégradation d’œuvres (et ça arrive partout dans le monde), disons que le public a quand même le droit d’être informé, non ?

  • Et le diamant du Capitole, où est-il ?

Cocorico, ce diamant a appartenu à Marie-Antoinette. Après un périple plutôt romanesque, il devait atterrir au Capitolio, où il marquait le Km 0 de la carretera central. Volé en 46, retrouvé peu après, il a été remplacé par une réplique pour des raisons de sécurité et gardé dans un coffre de la banque centrale. Nul ne l’a plus jamais revu…

  • Comment est-il possible qu’une personne soumise à un procès dans lequel on requiert 8 années pour différentes accusations, en sorte absous de toutes charges ?
  • El final de Norma c’est bien un roman de 1855 de l’espagnol Pedro Antonio de Alarcón ?
  • Pourquoi y a-t-il tant de cadres sans formation artistique qui dirigent des institutions artistiques ?
  • Pourquoi Carlos Garaicoa n’a-t-il pas réussi à être diplômé de l’ISA ?
  • Et pourquoi refuse-t-il le diplôme honorifique que cette institution lui propose depuis des années ?
Entrée du flambant neuf Museo Museo Organico Romerillo, ouvert en 2015 et fermé depuis.

La première question évoque sans doute un artiste autrefois très proche du pouvoir, mais qui s’est grillé suite à des abus répréhensibles. Vu que son nom n’est pas prononcé dans l’article d’origine, je vous laisse faire vos recherches.

Des cadres incompétents dans la culture ? #MeToo, Magela ! On a, parfois, les mêmes en France…

Quant à Garaicoa, il serait le bon, face à la brute et au truand : Venu à l’art après l’armée, il a été rappelé sous les drapeaux pendant ses études mais a refusé d’y retourner. En conséquence, il n’a jamais pu obtenir son diplôme. Au vu de sa belle carrière, on s’en fout un peu… D’autant qu’il réinvestit sa réussite dans le projet Artista X Artista, qui sera évoqué plus bas.

100 questions qui fâchent, saison 2 ép. 3

  • Quel est le type le plus sexy de l’art cubain ?
  • Et la gonzesse la plus sexy ?
  • Combien, parmi les artistes femmes, ne font pas d’art féministe militant ?
  • D’où sort (à part de l’utérus de sa mère évidemment) Christian Gundín García ?
  • Qui est le véritable patron de (la galerie) El Apartamento ?

Le plus sexy ? Aucun des deux cités au chapitre précédent, ceci dit sans offenser personne. Vous en pensez quoi ?

La place des femmes dans le circuit des musées et galeries est la même que partout ailleurs : toujours à conquérir. De ce fait, les artistes cubaines sont effectivement souvent associées à des mouvements et/ou discours militants.

Susana Pilar Delahante, Kont pa si bato mon frèr pou sot la rivièr (capture d’écran), performance pour la Biennale de l’Île de la Réunion 2011.
  • Mais enfin, El Oficio c’est une revue, une galerie ou un bar ?
  • Où est Wilfredo Prieto ?
  • Est-il vrai que l’opération Subasta Habana (vente aux enchères d’art cubain) reprendra l’année prochaine ?
  • Combien y a-t-il de collectionneurs d’art cubain qui vivent à Cuba ?
  • Combien parmi eux sont-ils cubains ?

Wilfredo est un artiste conceptuel qui possède un solide sens de l’humour. Ses propositions radicales sont plus souvent vues en Europe que dans les galeries cubaines…

Quant aux collectionneurs cubains, dont la plupart aiment s’entourer de mystère, on les compte sur les doigts de la main. Ah mais attendez, si ce sont des Cubain-es émigré-es dans les années 60 et revenu-es à la faveur de l’ouverture économique, ça compte ???

100 questions qui fâchent, saison 2 ép. 4

  • Pourquoi Los Carpinteros se sont-ils séparés ?
  • C’est vrai que Cucu Diamantes avait quelque chose à voir avec la dernière élection de Miss Espagne ?
  • Et avec l’attribution de la bourse Rockefeller l’année dernière ?
  • Le « fiancé de la petite-fille » a toujours son studio gigantesque près du Malecon ?
Museo Nacional de Bellas Artes, Catedral de Los Carpinteros et des touristes qui passent sans y prêter attention.

Los Carpinteros ont partagé plus de 20 années de création, et puis s’en vont. Ça arrive.

Cucu Diamantes, c’est un autre univers : une américano-cubaine qui se présente comme chanteuse, auteure, actrice et… philanthrope, ce qui peut prêter à rire, on se demande pourquoi. Quant au fiancé en question, je n’ai aucune idée de qui ça peut bien être mais si le studio se visite, je vous tiendrai au courant.

  • Quel est l’artiste qui voyage le plus ?
  • Et celui qui se la joue le plus, style « je voyage » ?
  • Et celui qui lit le plus ?
  • Et celui qui plagie le plus ?
  • Et le plus gonflé (ou gonflant… je ne suis pas sûre du sens de cette expression) ?

Le voyage hors de l’île fait partie de l’horizon d’attente de tout-e cubain-e. Et ça ne date pas de la Revolución ! Or les artistes, qu’ils soient musiciens ou plasticiens, ont beaucoup plus d’opportunités que d’autres d’aller faire un tour aux États-Unis ou en Europe. Ceux qui ont cette chance jouissent d’un prestige certain auprès de leurs pairs.

100 questions qui fâchent, saison 2 ép. 5

  • Quelle sera la proportion entre artistes informateurs et artistes conflictuels ?
  • Pourquoi, dans les fêtes à la résidence de Son Excellence l’Ambassadeur du Royaume d’Espagne, y a-t-il des gens qui par la suite appuient le discours selon lequel l’ambassade d’Espagne est des plus favorables à la subversion à Cuba ?
  • Où est Kcho ?
  • Quelle est la vraie nature de Artista X Artista (prononcer Artista Por Artista) ?
  • Pourquoi la plupart des expos à La Havane sont-elles mauvaises ?
  • Est-il vrai que l’institution a fourni 17 000 CUC à Adonis Ferro pour son exposition personnelle au Centre Wifredo Lam ?

Le Decreto 349 prévoit la formation d’un corps d’inspecteurs destiné à contrôler la conformité de la production artistique. Vous imaginez le tableau, si c’était les artistes eux-mêmes qui étaient chargés de faire le ménage ?

Ah, les ambassades ! C’est une particularité de la vie culturelle à La Havane : de très nombreux projets culturels sont en fait financés par les représentations étrangères. Norvège en tête, suivie de près par l’Espagne et la France. Un soft power qui finit par porter ses fruits, mais toujours sur la corde raide.

Mural de Daniel Buren devant l’ambassade de France à La Havane, 2018.

Et Kcho ? Mystère. En tout cas, son centre d’art ouvert en fanfare lors de la précédente Biennale est fermé depuis quelques temps, sans que des raisons officielles aient été fournies

  • De donde son los cantantes ?

Ma question préférée ! Ce « d’où viennent les chanteurs » est en fait le titre d’un roman de Severo Sarduy qui a été traduit en français par Écrit en dansant. Lisez Severo Sarduy, écrivain tôt exilé et figure de la vie culturelle française des années 70 !

  • Qu’arriverait-il si l’Ambassade de Norvège (et toutes celles qui soutiennent des projets culturels) suspendaient soudain leurs programmes de subventions ?
  • C’est vrai qu’on a vu Gerardo Mosquera danser avec une jeunette au rythme d’Osmany García, dans l’une des fêtes épiques de Carlos Garaicoa ?
  • C’est vrai que le Directeur possède une collection d’art cubain, plus ou mois de la taille de celle d’Andreas Winckler ?

Gerardo Mosquera est un critique et historien d’art qui, après avoir créé la Biennale d’Art Contemporain en 1984, a totalement cessé de travailler sur son île natale à partir de 1989 en raison de désaccords avec l’institution. On le retrouve au New Museum of Contemporary Art de New York puis à PhotoEspaña, entre autres. Plus récemment, il était co-curateur de l’exposition Adiós Utopia : Dreams and Deceptions in Cuban Art Since 1950, à Houston. On souhaite à Magela Garcés une carrière aussi riche !

100 questions qui fâchent, bonus !

  • C’est vrai que Jacob Forever possède une collection d’art cubain ?

Tel Le spectateur émancipé de Jacques Rancière, Jacob Forever a bien le droit de chanter le reggaeton et d’aimer l’art conceptuel, les tatouages et Amelia Pelaez (comme moi d’ailleurs). Cette dernière question en forme de pirouette me plaît beaucoup, bien qu’en y regardant bien, elle comporte aussi sa part de subversion.

On espère juste que Magela ne va pas devoir expier sa malice et son franc-parler… hasta que se seque el malecón !


Lire aussi 100 questions sur l’art cubain # 1.

Photo à la Une : José Manuel Mesías, Sombrero – 1873 (fragment) vu dans l’exposition Índice de imágines à Factoria Habana en 2017.

Source : Las 100 preguntas del arte cubano, article de Magela Garcés paru dans ARTonCuba le 7 décembre 2018.

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